‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 102 sur 321 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Combien la pénétration de saint Augustin étoit nécessaire dans cette cause. Men>eilleuse autorité de ce saint. Témoignages de Prosper, d'Hilaire , et du jeune Arnobe.

Ce fut donc pour ces raisons que l'Eglise se reposa , comme d'un commun accord , sur S. Augustin , de l'affaire la plus importante qu'elle ait peut-être jamais eue à démêler avec la sagesse humaine 5 à quoi il faut ajouter , qu'il étoit le plus pénétrant de tous les hommes à découvrir les secrets et les conséquences d'une erreur (0 : ( je me sers encore ici des paroles du savant jésuite dont je viens de rapporter les sentimens); en sorte que l'hérésie pélagienne étant parvenue au dernier degré de subtilité et de malice où pût aller une raison dépravée , on ne trouva rien de meilleur que de la laisser combattre à saint Augustin pendant vingt ans. Mais s'il avoit outré la matière en défendant la grâce , s'il avoit afîoibli le libre arbitre, en un mot, si dans une occasion si importante il avoit, par quelque endroit que ce fût , altéré l'ancienne doctrine , et introduit des nouveautés dans l'Eglise , il eût fallu l'interrompre et ne pas permettre qu'il combattît des excès par d'autres excès peut-être aussi dangereux.

On ne le fit pas : au contraire son autorité fut

(>) Garn. diss. vu. c. ni. n. 3.

si grande , non-seulement dans les siècles suivans , où le temps amortit l'envie , mais dans le sien même , qu'on la crut seule capable d'abattre les adversaires de la ^râce. Ce n'est pas assez, lui disoiton ('), de leur alléguer des raisons ^ si on n'y joint une autorité que les esprits contentieux ne puissent mépriser. Personne n'avoit dans l'Eglise un si haut degré de cette sorte d'autorité que la vie et la doctrine concilie aux ëvêques. On le prioit donc d'en user. Les gens de bien lui disoient, par la bouche d'Hilaire (2) : Tout ce que vous voudrez ou pourrez nous dire par cette grâce que nous admirons en vous . petits et grands ^ nous le recevrons avec joie comme décidé par une autorité qui nous est également chère et vénérable : tamquam a nobis cha-

HISSIMA ET REVERE» DISSIM A AtJCTORITATE DECRETUM.

Saint Prosper lui disoit en même temps (5) : Puis' que par la disposition particulière de la grâce de Dieu en nos jours y nous ne respirons en cette occasion que par la vigueur de votre doctrine et de votre charité, usez d'instruction envers les humbles , et dune sévère répréhension envers les superbes. C'est ce qu'on lui écrivoit de nos Gaules. Quand on écrit à travers les mers de cette sorte à un évêque, c'est qu'on le regarde comme l'apôtre de son temps. C'est pourquoi le même Prosper, lui disoit encore (4) : Tous tant que nous sommes , qui suivons l'autorité sainte et apostolique de votre doctrine j sommes restés tres-instruits par vos derniers

(i) EpUt. Hil. ad Augusl. inter Epist. Aug. Epist. ccxxvii. n. 9. — («J Ihid. n. 10. -^ (.5) Inc. Epist. Aug. Epist. CCXXT. n. 9. — t4j JbiJ. n. 2.

livres ; ce qui préparoit la voie au jeune Arnobe y auteur du même âge, médiocre dans ses pensées, mais naturel et simple , pour dire à Sérapion dans son dialogue (0: f^ous m'ôterez tout doute ^ si vous m'alléguez le témoignage de saint Augustin ; parce que je tiendrois pour hérétique celui qui le reprendroit; à quoi il répond : Fous parlez selon mon cœur ; car je crois , je reçois et je défends ses paroles comme les écrits des apôti^es. Ce qu'on ne peut dire avec cette confiance d'aucun auteur particulier, que lorsqu'on est assuré, par l'approbation de l'Eglise, qu'il s'est nourri du suc des Ecritures, et ne s'est pas écarté de la tradition.

Page 1