‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 104 sur 321 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Quatre raisons démonstratives qui appuyaient le Jugement de saint Ce'lestin,

Le fondement de cette sentence de ^int Célestin ne pouvoit pas être plus solide pour ces raisons.

Premièrement , il étoit certain que saint Augustin avoit toujours été attaché à la tradition dont il avoit soutenu les fondemens, qui sont ceux de l'autorité de TEglise, dans ses livres contre les donatistes.

Secondement , dans ses livres de la Grâce , il prend soin partout d'appuyer chaque partie de sa doctrine de l'autorité des Pères précédens, grecs et latins , comme on le peut voir dans tous ses ouvrages, et en particulier dans les derniers, où on l'accuse d'innovation.

Troisièmement, il est bien certain que c€s murmures qu'on faisoit dans les Gaules contre ces der-

(•î CommoniL a.

niers livres , firent le principal sujet de la plainte qui fut portée au saint Siège par saint Prosper et saint Hilaire (0, et par consécjuent lave'ritable matière du jugement du pape.

En quatrième et dernier lieu , il n'est pas moins assuré, comme saint Prosper le démontre, qu'au fond il n'y a rien dans ces derniers livres , dans celui de la Grâce et du Libre arbitre , dans celui de la Correction et de la Grâce , dans ceux de la Prédestination des Saints et du don de la Persévérance , que ses adversaires accusoient , qui ne fût très-clairement établi dans les ouvrages précédens , qu'ils faisoient profession d'approuver. La seule lettre à Sixte en peut faire foi , aussi bien que le livre à Boniface , que le P. Garnier appelle avec raison un des plus excellens de samt Augustin (2) , et qui est en même temps un de ceux où il établit le plus clairement' la prédestination gratuite et l'efficace de la grâce. On ne peut pas dire que la lettre à Sixte n'ait pas été connue à Rome , où elle étoit adressée. Saint Augustin y faisoit voir à ce docte prêtre (3), qui depuis est devenu un si grand pape , que la doctrine dont il s'agissoit étoit la propre doctrine de l'Eglise romaine, que saint Paul lui avoit adressée avec l'épître aux Romains. Les livres à Boniface avoient été envoyés à ce savant pape pour les soumettre expressément à sa correction. C'étoit donc avec connoissance de cause et avec une pleine instruction que les papes, prédécesseurs de saint Célestin, avoient estimé saint Augustin et ses ouvrages;

(i) Cont. Coll. c. XXI. n. Sg. p. 196. — (») Diss. vi. c. n. — (3) f:pist. cxciv. al. cvi. c. un. i.

et il étoit trop tard de blâmer les derniers livres de ce Père, après que les premiers avoient passes avec approbation.

On pourroit ici ajouter la lettre à Vital, dont le P. Garnier (0 a écrit quelle ne cédoit à aucune de celles de saint Augustin , et qùen découvrant le sacré mystère de la grâce prévenante , elle donnait douze règles , oîi la doctrine catholique sur cette matière, étoit contenue. C'est pourtant une de celles où ces prétendues in,novations de saint Augustin se trouvoient le plus fortement et le plus affirmativement défendues, On ne les trouve pas moins clairement dans le Manuel à Laurent, que ce grand homme avoit composé, pour être, selon son titre, entre les mains de tout le monde ; et de tout cela , on peut conclure , comme une chose déjà jugée par le saint Siège avec le consentement de toute l'Eglise , qu'il n'y a aucun endroit dans saint Augustin par où on puisse le soupçonner d'être novateur.

Il faut encore ajouter, pour bien entendre le fond de ce jugement, que les chapitres attachés à la décrétale de saint Célestin, condamnent ceux qui accusent saint Augustin et ses disciples comme s'ils avoient excédé, tamquam wecessarium modum exces- 6ERINT (2} , et c'est de quoi M. Simon et ses semblables accusent encore aujourd'hui ce saint docteur; de sorte que notre dispute avec ce critique , dès la première contestation , est vidée à l'avantage de saint Augustin ; puisqu'il est jugé qu'il n'a point été novateur , et qu'il n'est point sorti des justes bornes.

(») Diss. VI. c. II. ad an, 420 , pag. 35o. -^ (») Cap. ni.

284 BÉFEWSE DE LA TRADITIOW

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