CHAPITRE VIL
M. Simon a puisé ses sentimens manifestement hérétiques df Arminius et de Grotius.
Il doit cette réflexion sur le changement de saint Augustin, d'abord à Arminius le restaurateur du semi-pe'laglanisme parmi les protestans. M. Simon en rapporte les sentimens en ces termes (0 : A l'égard de saint Augustin, il dit quil se pouvait faire que les premiers sentimens de ce Père eussent été plus droits dans le commencement , parce quil examinoit alors la chose en elle-même et sans préjugé j au lieu que dans la suite il n'eut pas la même liberté , s'en étant plutôt rapporté au jugement des autres qiiau sien propre ('-* ).
Quoique ce passage d'Arminius ne regarde pas tout le corps de la doctrine de saint Augustin sur la grâce, l'esprit en est de préfe'rer les premiers sentimens de saint Augustin , comme étant les plus naturels, à ceux qu'il a pris depuis par des impressions étrangères : et c'est cela que M. Simon veut insinuer.
Mais Grotius , le grand défenseur des arminiens , qui , de l'aveu de M. Simon , a pris dans le sein de cette secte une si forte teinture des erreurs sociniennes , est le véritable auteur où il a puisé ses sentimens ; et on le verra par un seul endroit de son Histoire Belgique , où expliquant le comnien-
(0 P. 799. — (*) Voyez la Dissert, sur Grotius , où Fauteur a employé tout cet endroit, n. i4, i5, 16, etc. tom. iv, p. 487, etsuiv.
ET DES SAIWTS PÈRES, LIV. V I. 3l7
cernent des disputes entre A.rmmias et Gomar en Tan 1608, il en expose la source selon ses préventions, en cette sorte.
n Ceux , dit-il (0 , qui ont lu les livres des an- » ciens, tiennent pour constant que les premiers n chrétiens attribuoient une puissance libre à la vo- )) lonté de l'homme , tant pour conserver la vertu , M que pour la perdre : d'où venoit aussila justice des 3} récompenses et des peines. Ils ne laissoient pour- » tant pas de tout rapporter h la bonté divine, dont 3> la libéralité avoit jeté dans nos cœurs la semence M salutaire , et dont le secours particulier nous étoit » nécessaire parmi nos périls. Saint Augustin fut le M premier, qui depuis qu'il fut engagé dans le com- » bat des pélagiens( car auparavant il avoit été d'un » autre avis), poussa les choses si loin par l'ardeur » qu'il avoit dans la dispute , qu'il ne laissa que le » nom de la liberté, en la faisant prévenir par des » décrets divins qui sembloient en ôter toute la » FORCE ». On voit en passant la calomnie qu'il fait à saint Augustin d'ôter la force de la liberté, et de n'en laisser que le nom. On a vu que M. Simon impute la même erreur à ce docte Père; nous en parlerons encore ailleurs. Ce qu'il faut ici observer , c'est que , selon Grotius , saint Augustin est le novateur; en s' éloignant du sentiment desanciens Pères, il s'éloigna des siens propres, et n'entra dans ces nouvelles pensées, que lorsqu'il fut engagé à combattre les pélagiens. Ainsi , les sentimens naturels , qui étoient aussi les plus anciens, sont ceux que saint Augustin suivit d'aj^ord. C'est ce que dit Grotius , (') Hist. Belg. L. xTii. f. 55i.
3l8 DÉFENSE DE I.A TKADITTON
et c'est l'idée qu'il donne de ce Père. Que si vous lui demandez ce qu'est devenue l'ancienne doctrine qu'il pre'tend que saint Augustin a abandonne'e, et où s'en est conservé le sacré dépôt , il le va chercher chez les Grecs et dans lessemi-pélagiens. C'est aussi ce qu'on vient de voir suivi de point en point par M. Simon j mais que devinrent ces anciens sentimens que les Pères avoient suivis avant que saint Augustin eût introduit ses nouveautés ? Grotius qui vient d'apprendre à M. Simon que ce qu'il faut suivre dans saint Augustin , que ce qui est conforme à l'ancienne tradition , c'est le premier sentiment que ce Père a rétracté, lui apprendra encore où est demeuré le dépôt de la tradition : il est demeuré dans les Grecs • et dans lessemi-pélagiens. C'est là que M. Simon le va chercher; mais c'est Grotius qui lui en a montre le chemin. Pour les Grecs, voici les paroles qui suivent immédiatement celles qu'on a lues : l'ancienne et la plus simple opinion se conserva , dit-il , dans la Grèce et dans ïAsie. Pour les semi-pélagiens, le grand nom j poursuit-il^ de saint Augustin lui attira plusieurs sectateurs dans T Occident j, ou néanmoins il se troussa des contradicteurs du côté de la Gaule. On connoît ces contradicteurs : ce furent les prêtres de Marseille et quelques autres vers la Provence ; c'est-à-dire, comme on en convient, ceux qu'on appelle semi-pélagiens ou les restes de fhérésie de Pelage : ce fut Cassien , ce fut Fauste de Riez. Tels sont les contradicteurs de saint Augustin dans les Gaules pendant que tout le reste de l'Eglise suivoit sa doctrine : c'est en ceux-là que s'est conservée l'ancienne et saine doctrine : elle s'est , dis-je , con-
ET DES SAINTS PÈRES, LIV. VI. 3iq
aervée dans les adversaires de saint Augustin que l'Eglise a condamne's partant de sentences : Grotius un protestant, un arminien, un socinien en beaucoup de chefs l'a dit : M. Simon et d'autres critiques osent le suivre. Il en a pris ce beau système de doctrine qui commet les Grecs avec les Latins, les premiers chre'tiens avec leurs successeurs, saint Augustin avec lui-même , où l'on préfère les sentimens que le même saint Augustin a corrigés dans le progrès de ses études à ceux qu'il a défendus jusqu'à la mort, et les restes des pélagiens à toute l'Eglise catholique. Les sociniens triomphent par le moyen de Grotius si plein de leur esprit et de leurs maximes , ils font la loi aux faux critiques jusque dans le sein de l'Eglise : la vUle sainte est foulée aux pieds , le parvis du temple est livré aux étrangers, et des prêtres leur en ouvrent l'entrée.