CHAPITRE XIV
Za résolution de celte difficulté, qui rend le principe de saint Augustin et la preuve du concile d^ Orange incontestable.
Cependant comme cette preuve n'est pas seulement de saint Augustin, mais encore, comme on vient de voir, de toute l'Eglise dans le concile d'Orange , les docteurs ont bien reconnu qu'elle étoit incontestable , et qu'il la falloit défendre contre tous les contredisans, comme aussi le cardinal Bellarmin l'a fait doctement en peu de mots (0. Mais un principe de saint Augustin portera notre vue plus loin , et nous fera dire , qu'à remonter à la source , ce ne sont point précisément les péchés des pères immédiats qui font souffiir les enfans jusqu'à la troisième et quatrième génération. Selon la doctrine de Moïse, ces justices particulières, que Dieu exerce sur eux pour les péchés de leurs pères, sont fondées sur celle qu'il exerce en général sur tout le genre humain comme coupable en Adam, et dès-là digne de mort. C'est par-là que tous les hommes étant originairement pécheurs, sont aussi condamnés à mort pour ce péché, qui est devenu celui de tonte la nature. La mort qui vient ensuite aux particuliers , diversifiée en tant de manières, plus tôt aux uns, plus tard aux autres , à l'occasion de leurs propres péchés ou des péchés de leui^ derniers pères, dont ils sont les imitateurs, est toujours
(i) Cap. vu. de aimss. gr. et stat. pecc. lib. iv. quarta ratio.
juste , à cause du péché du premier père , en qui ayant tous péché, tous aussi dévoient mourir. Ainsi, dit saint Augustin (0, Chanaan et ses enfans sont maudits à cause de Cham leur père , qui étant maudit lui-même , non-seulement pour ses pécliés particuliers , mais encore originairement avec tout le reste des hommes pour le péché commun du genre humain , il paroît qu'il faut remonter jusqu'à Adam pour justifier dans la mort de tous les hommes le juste supplice de leurs péchés; parce qu^aussi c'est ici la source du mal, où selon les règles de justice que Dieu a révélées dans son Ecriture, la mort, qui étoit marquée comme la peine spéciale du péché, ne devoit tomber que sur les coupables ; d'où il s'ensuit aussi clairement qu'on le puisse dire, qse les enfans ne mourroient pas s'ils n'étoient pécheurs.
Règle de la justice di\'ine révélée dans le livre de la Sagesse, que Dieu ne punit que les coupables.
C'est ainsi que se justifie dans tous les hommes cette règle de la justice divine si clairement révélée par le Saint-Esprit dans ces paroles de la sagesse (2) : Parce que vous êtes justes , vous disposez toutes les choses justement , et z'ous croyez indigne de votre puissance de condamner ceux qui ne doivent point être punis ; car, ajoute-t-il , votre puissance est la source de toute justice , et parce que vouf êtes le
(0 Oper. imp. lib. m. c. xi. lib. iv. eap. 126, ia8, i3o, i33. /. ti. aa , etc. — (») Sap. xii. i5 , 16.
Seigneur de tous ^ vous pardonnez a tous. Comme s'il disoit : Vous êtes bien éloigné de punir un innocent y vous qui éies toujours prêt à pardonner aux coupables. Nous voyons donc dans cette règle de la justice divine manifestement révélée, que Dieu ne punit pas les innocens; et afin que rien ne nous manque, l'application n'en est pas moins expressément révélée par saint Paul, lorsqu'après avoir établi que la mort n'est venue qu'en punition du péché, il présuppose que tous ceux qui meurent, et par conséquent les enfans ont péché. Ils n'ont point péché en eux-mêmes, ils ont donc péché en celui en qui ils sont tous, comme dans la source de leur être , in quo omnes peccaverunt. C'est pourquoLleur mort est juste, parce que leur péché est véritable, et cette loi demeure ferme, que nul n'est puni de mort s'il n'est pécheur.