‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 190 sur 321 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Erreur des nouveaux critiques , quonparloit ohscure'ment du pe'che' originel avant saint Oyprien : suite des passages de Tertullien , que ce saint appelait son maître : beau passage du livre De pudiciliâ.

Ojv ne voit donc pas pourquoi nos critiques ont voulu insinuer qu'on ne parloit qu'obscurément de cette doctrine avant saint Cyprien. Il est vrai qu'il n'y a rien de plus net que ces paroles de ce saint martyr, citées par saint Augustin (0, que nous devons baptiser les enfans , parce qu autant qu'il est nous , nous ne devons perdre aucune orne : par où il montre que l'ame est perdue sans le baptême; ce qu'il appuie en disant : Que les enfans nouvellement nés , qui navoient péché qu'a cause quêtant engendrés d'Adam selon la chair , ils avoient par contagion contracté la mort ancienne par leur première naissance , dévoient être d'autant plus tôt reçus à la rémission des péchés^ qùon leur remettait j non pas leurs propres péchés , mais des péchés étrangers , c'est-à-dire, tous les péchés d'orgueil, de révolte, d'intempérance et d'erreur qui se trouvent dans le seul péché du premier père. Tout est compris dans ce peu de mots de saint Cyprien , c'est-à-dire , tant le péché même , que la naissance charnelle , et en elle la concupiscence , par oii il étoit transmis : mais tout ce qu'on trouve de si précis dans ces paroles de saint Cyprien ,

(0 L, m. depecc. mer. c. m. cont. Jul. l. i. c. m. Epist. adjid.

ET DES SAIÎTTS PÈRES, LIV. VtlI. ^"j l

avoit précédé, et peut-être plus formellement daas celles de Tertulien , que ce saint martyr ne dédai^noit pas d'appeler son maître.

Par la force du même principe, le même Tertullien explique cette ressemblance de la cliair du péché (0 , que saint Paul a reconnue dans notre Seigneur, et saint Augustin n'en parle pas autrement que lui.

On pourroit faire un volume des autres passages du même Tertullien. Je remarquerai seulement qu'il nous fait sentir, comme ont fait aussi tous les anciens, que nous avions commis le même péché que notre premier père, que nous avions avec lui étendit le bras au bois défendu, que nous y avions goûté une pernicieuse douceur (2) , ce qui est toujours cet in çuo de saint Paul; enfin, qu'avant le baptême notre chair étoiten Adam dans son vice, dans le poison ^ dans la corruption de la convoitise , dans les taches et dans les ordures du premier péché , <fue Teau du baptême n avoit point encore lavées; et que cette corruption passoit en nous par l'impureté contagieuse du sang d'où nous sommes conçus , et par la noirceur de la concupiscence : le baptême n'en ôtoit pas le fond, il n'en ôtoit que la tache, la coulpe, le reatus , comme parle saint Augustin. Il y a donc une tache, un reatus , une coulpc héréditaire ? Qu'y a-t-il à ajouter à cette doctrine ?

Il ne faut donc pas s'étonner si saint Cyprien avec son concile de soixante-six évêques, consulté sur le baptême des petits enfans, que quelques-uns vouloient différer au huitième jour, à l'exemple de

C») De Cam. Christ, c. xvi. — (») DepuJic.

la circoncision, résout cette question , ainsi que l'a remarqué saint Augustin (0, par la doctrine du péché originel, comme par un principe constamment reçu , et sur lequel il ny avoit jamais eu de contestation ni aucune consultation a faire ^ puisquil était regardé de tous comme certain et indubitable. On voit en effet que ce saint martyr ne fait que dire et appliquer au sujet ce qui avoit été enseigné par les Pères précédens; et l'avantage qu'on tire de sa lettre synodique n'est pas d'y apprendre quelque chose de nouveau sur ce dogme, mais de le voir établi comme certain et incontestable (2) par l'autorité de tout le concile d'Afrique , qui avoit à sa tête un si grand docteur.

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