CHAPITRE PREMIER
Répétition des endroits où l'on a montré ci- dessus que notre auteur est un manifeste semi-pélagien , à l'exemple de Grotius.
La première erreur de ce critique sur l'article de la grâce chrétienne est, sous prétexte de suivre l'antiquité , de s'être déclaré semi - pélagien. Lui et les critiques ses semblables ont peine à reconnoître cette secte; et il est vrai qu'elle n'a point fait de schisme dans l'Eglise, à cause que, toujours liée de communion avec le saint Siège , à la fin elle a cédé à ses décisions; mais l'hérésie qu'elle enseignoit n'en est pas moins condamnable, puisqu'en effet elle a été condamnée par les papes et par les conciles, nommément par celui d'Orange, et en dernier lieu par celui de Trente, en quoi l'Eglise a suivi le jugement de saint Augustin, où nous avons vu que cette créance semi-pélagienne , qu'il avoit suivie avant que de l'avoir bien examinée, étoit une erreur, un sentiment condamnable , dam-
KABILEM SEJSTENTIAM (0. On CH pCUt VOir IcS paS- (0 Lib, II. Retract. Lib. de prœdest. SS. c. ni. n. 7.
Sages dans les pages précédentes (0 , et on y peut voir en même temps que M. Simon se déclare pour les sentimens que saint Augustin rétractoit , comme étant les sentimens des anciens , dans lesquels par conséquent les adversaires de ce Père, c'est-à-dire,, ceux qu'on appelle les marseillais ouïes provençaux^ et les semi-pélagiens avoient raison de persister. Ainsi, selon les idées de M. Simon, leurs sentimens; avoient tous les caractères de la vérité , et ceux où' saint Augustin est mort et que toute l'Eglise a suivis, tous les caractères d'erreur. Ce Père, dit notre auteur, étoit seul de son avis; il abandonnoit f;a propre créance, qui étoit celle de l'antiquité : il alloit en reculant, comme ceux dont il est écrit, que leur progrès est en mal , proficiejnt izv pejus (2;' : l'Eglise qui l'écoutoit comme le défenseur de la tra dition, reculoit avec lui : ainsi, avec Grotius (3) ^ on tire avantage des rétractations de saint Augus ;tin pour s'affermir dans une doctrine qu'il a coi idamnée, au lieu de s'en servir pour se corriger, et l'Eglise est reprise pour n'avoir pas approuvé la doctrine que ce Père rétractoit.
Je plains Grotius dans son erreur. Nourri hors du sein de l'Eglise, dans les hérésies de Calvin, parmi les nécessités qui ôtoient à l'homme son libre arbit re et faisoient Dieu auteur du péché, quand il ^x)it paroître Arminius qui réformoit ces réformes., et détestoit ces excès des prétendus réformateurs , il croit voir une nouvelle lumière, et se dégoûte du calvinisme. Il a raison; mais comme hors de l'Eylise,
(•) Ci-dessus, l. vi. c. vi, vu, xiii, xjv, xv, xvi. — C-) IV. Tim. iii. i3. — (^) Ci-dessus, liv. \i, ti>.
532 DÉFENSE DE LA TllADlTlON
il n'avoit point de règle certaine , il passe à l'extrémité opposée. La haine d'une doctrine qui détruit la liberté, le porte à méconnoître la vraie grâce des chrétiens ; saint Augustin , dont on abusoit dans le calvinisme, lui déplaît; en sortant des sentimens de la secte où il vivoit , il est emporté à tout vent de doctrine , et donne , comme dans un écueil, dans les erreurs sociniennes. 11 s'en retire avec peine tout brisé, pour ainsi dire, et ne se remet jamais de ce débris. On trouve partout dans ses écrits des restes de ses ignorances : plus jurisconsulte que philosophe, et plus humaniste que théologien, il obscurcit la doctrine de l'immortalité de l'ame : ce qu'il y a de plus concluant pour la divinité du Fils de Dieu, il tâche de l'alToiblir, et de l'ôter à l'Eglise : il travaille à obscurcir les prophéties qui prédisent le règne du Christ ; nous en avons fait la preuve ailleurs (0. Parmi tant d'erreurs, il entrevoit quelque chose de meilleur; mais il ne sait point prendre son parti, et il n'achève jamais de se purifier , faute d'entrer dans l'Eglise. Encore un coup , je déplore son sort. Mais qu'un homme né dans l'Eglise, élevé à la dignité du sacerdoce, instruit dans la soumission qu'on doit aux Pères , ne sache pas se débarrasser des erreurs semi-pélagiennes, et ne défende saint Augustin que dans les endroits où saint Augustin plus éclairé, confesse lui-même son erreur : qu'après avoir alfoibli, autant qu'il a pu, la tradition du péché originel, il affoibhsse encore celle de la grâce, et soutienne impunément, à la face de tout l'univers, des erreurs frappées d'ana-
(*) Ci-dessus, liy. m.
ET DES SAINTS PÈUES, HV. X. 533
thème , encore tout nouvellement dans le concile de Trente; c'est une plaie à la discipline que l'Eglise ne souffrira pas.