CHAPITRE IX
On commence h proposer l'argument des prières de l'Eglise : quatre conséquences de ces prières, remarquées par saint Prosper, dont la dernière est que ^efficace de la grâce est de la foi.
Donnons donc un peu de temps à rappeler dans la me'moire des lecteurs les prières eccle'siastiques , telles qu'elles se font par toute la terre, et en Orient comme en Occident , dès l'origine du christianisme, puisque c'est là ce qui établit, non-seulement l'efficace de la grâce chrétienne, mais encore d'article en article, et de conclusion en conclusion, avec tout le corps de la doctrine de saint Augustin sur la prédestination et sur la grâce, toute la consolation des vrais fidèles.
C'est aussi le principal argument dont saint Augustin appuie toute sa doctrine; et on le trouve proposé très-nettement dans les Capitules attachés à la lettre de saint Célestin, où saint Prosper, qu'on en croit l'auleur, expose quatre vérités (0 : la première : que les pasteurs du peuple Jiâkle , en &' acquittant de la légation qui leur est commise envers Dieu, intercèdent pour le genre humain, et demandent , a%>ec le concours de toute l'Eglise , que la foi soit donnée aux infidèles ; que les idolâtres soient délivrés de leur impiété ; que le voile soit été de dessus le cœur des Juifs , et que la vérité leur paroisse ; que les hérétiques et les schismatiques re-
(') Cap. 11.
55o DÉFENSE DE LA TRADITIOîT
viennent à l'unité de V Eglise; que la pénitence soit donnée à ceux qui sont tombés dans le péché , et que les catéchumènes soient amenés au baptême. Dans toutes ces prières de l'Eglise , il est clair que c'est relFet qu'on demande. On demande donc une grâce qui fasse croire effectivement , qui convertisse effectivement le cœur, qui est celle que M. Simon a ose nier.
La seconde ve'rité qu'expose saint Prosper ou l'auteur des Capitules, quel qu'il soit, c'est que ces choses, c'est-à-dire, la foi actuelle, la conversion •actuelle des errans ou des pécheurs j ne sont pas demandées en vain et par majiiere d' acquit j per- FujfCTORiE NEQUE iNANiTEii , puisquc l'effet s'eusuit, RERtJM MOJVSTRATUR EFFECTIIJU6 ; et quo Dicu daigne attirer à lui toutes sortes d' errans j qu'il retire de la puissance des ténèbres , et qu'il fait des vases de nnséricorde de vases de colère qu'ils éloicnt; ce qui prouve que le propre effet de cette grâce , tant demandée par toute l'Eglise , éloit de faire croire effectivement et de changer les cœurs.
La troisième vérité de saint Prosper est, que l'Eglise est si convaincue de cet effet de la grâce, quelle en fait a Dieu ses remercùnens comme d'un ouvrage de sa main, reconnoissant de cette manière , que le propre ouvrage de Dieu est de changer actuellement les cœurs, et que tout ce bon effet vient de sa grâce ; quod adeo totum divini muneris
ESSE SEJVTITUR UT H-CC EFFICIENTI DeO GKATIARUM SEMPER ACTIO REFERATUR.
Et enfin , la quatrième vérité que nous montre ce saint docteur, c'est que ce sentiment, par le-
ET DES SAINTS PERES, LIV. X. 5dI
quel on reconnoît une grâce qui fait croire , qui fait agir, c'est-à-dire, qui convertit effectivement le cœur de Thomme, n'est pas une opinion particulière , mais la foi de toute l'Eglise ; puisque ces prières, 'venues de la tradition des apôtres, sont célébrées uniformément par toute l'Eglise catholique ; d'où ce giand homme conclut, que sans aller chercher loin la loi de la foi , on la trouve dans la loi de la prière : ut legem credesdi lex
STATUAT SUPPLICAKDI.
Le principe dont il appuie cette vérité, ne pouvoit pas être plus sûr ; puisqu'il est certain que la foi est la source de la prière , et qu'ainsi ce qui anime la prière , ce qui en fait le motif, ce qui en dirige l'intention et le mouvement, est le principe même de la foi, dont par conséijuent la ve'rité se déclare manifestement dans la prière.