‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 241 sur 321 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Ni les semi-pélagiens , ni Pelage même ne nioient pas que Dieu ne pût tourner où il voulait le libre arbitre : si cétoit le libre arbitre même qui donnait à Dieu ce pouvoir, comme le disait Pelage : excellente réfutation de saint Augustin.

La doctrine qui reconnoît Dieu pour infaillible moteur du cœur humain , est si constante dans l'Eglise, que les semi-pélagiens, tout attachés qu'ils étoient à élever le libre arbitre au préjudice de la grâce, ne l'ont pas nié; au contraire, ils l'outrent

plutôt, lorsqu'ils disent qu'il y en a que Dieu force malgré qu'ils en aient à faire le bien; qu'il attire , soit qu'ils le sachent ou non, malgré toute leur résistance , et soit quils le veuillent, ou qu'ils ne le veuillent pas (0. Je ne crois pas qu'en parlant ainsi, Cassien , le père des semi-pe'lagiens, ait voulu dire qu'en émouvant l'homme , Dieu lui ôtât absolument son libre arbitre , pour lequel il combat tant dans les endroits mêmes d'où ces paroles sont tire'es ; mais, quoi qu'il en soit, il parle de sorte qu'il donne lieu à saint Prosper de le reprendre (2) de partager mal à propos le genre humain , et de nier dans les uns le libre arbitre , et la grâce dans les autres (3). Il n'y a nul inconvénient que des esprits, à qui la justesse et la profondeur manquent, et qui se laissent dominer à leur prévention , agissant par des mouvemens irréguliers , outrent d'un coté ce qu'ils relâchent de l'autre. Ce qui est certain , c'est qu'ils avouent que Dieu change les volontés comme il lui plaît , ainsi que saint Prosper le reconnoît ; et qu'à regarder la consommation des bonnes œuvres, et l'exclusion parfaite du péché , ils parlent , à peu près, comme les autres docteurs, se réservant de laisser, quand ils vouloient, au libre arbitre, le commencement de la piété, encore que quand ils vouloient ils le donnassent aussi à la grâce.

Le fond de cette doctrine venoit de Pelage , dont saint Augustin rapporte un mémorable passage (4) , où il reconnoît que Dieu tourne oh il lui plaît le

0) Cass. coll. XIII. cap. xvii , xvm. — W Cont. coll. n. 21. .— {^) Coll. 111. c. XV. Coll. IX. c. xxm. Coll. xii. e. iv, vi. Coll. xixi. c. IX, XI, xn, XIV, et sec/. — (4) De gratid Christ, l.i.c. xxiii. •

ET DES SAINTS PÈRES, L I V. X. 58i|

cœur de l'homme , ut cor kostrum qvo volcerit Deus ipse decliket : «Voilà, dit saint Augustin, » un grand secoui's de la grâce de tourner le cœur u où il lui plaît ; mais , poursuit ce Père , Pelage » veut qu'on me'rite ce secours par le pur exer- » cice de son libre arbitre ; lorsque nous souhaitons » que Dieu nous gouverne , lorsque nous mortifions » notre volonté , que nous l'attachons à la sienne , » et que devenant avec lui un même esprit, nous » mettons notre cœur en sa main , en sorte qu'il en » fait après tout ce qu'Q veut ». Pelage n'a donc pu nier que Dieu peut tout sur le libre arbitre de rhomme. Cette vérité étoit établie par trop de témoignages de l'Ecriture et trop constante dans l'Eglise pour être niée ; et tout ce que put inventer cet hérésiarque , en faveur du libre arbitre , c'est que si Dieu avoit un pouvoir si absolu sur nos volontés , c'étoit nous - mêmes qui le lui donnions ; mais saint Augustin le force dans ce dernier retranchement , par ces paroles (0 : « Je voudrois bien qu'il » nous dît si Assuérus, ce roi d'Assyrie, dont Esther » détestoit la couche , pendant qu'il étoit assis sur M son trône, chargé d'or et de pierreries, et regar- M doit cette sainte femme avec un œil terrible comme » un taureau furieux, s'étoit déjà tourné du côté » de Dieu par son libre arbitre, souhaitant qu'il M gouvernât son esprit et qu'il mît son cœur en sa » main? Ce seroit être insensé de le croire ainsi , et 3i néanmoins Dieu le tourna où il vouloit, et chan- » gea sa colère en douceur, ce qui est bien plus

C») De gralid ChriiU 1. 1. c. xxir.

SgO DÉFENSE DE LA TRADITION

» admirable que s'il l'avoit seulement fléchi à la clé- M mence, sans l'avoir trouve' possédé d'un sentiment » contraire ». Afin donc d'avoir tout pouvoir sur le cœur de l'homme, Dieu n'attend pas que l'homme le lui donne. Quils disent donc^ poursuit ce Père, et qu'ils entendent , que par une puissance cachée et aussi absolue quelle est ineffable, sans l'emprunter de personne , Dieu opère dans le cœur de ï homme toutes les bonnes ^volontés quil lui plaît.

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