CHAPITRE XIII
Dieu fait ce quil veuf des volonte's mauvaises.
Ainsi, dit saint Augustin (0, et par plusieurs autres manières explicables ou inexplicables ^ Dieu agit ou par lui-même , ou par les anges ^ bons ou mauvais j, dans les cœurs rebelles; et, ne permettant de péchés que ceux qui mènent à ses fins cachées , il a des moyens admirables et ineffables d'en faire ce qu'il veut : Miris et ineffahilihus modis.
{f) Cont. Jul. l. y. c. m. De sratid et lib. arb. c. xxi.
ET DES SAINTS PERES, LIV. XI. 6x3
Par-là donc les volontés dépravées ne sont pas seulement souffertes par sa patience, mais encore mises sous le joug de sa puissance souveraine et inévitable. C'est là bien certainement une vérité catholique, et néanmoins nous la voyons si profondément oubliée ou ignorée par M. Simon , qu'il auroit même conseillé à saint Augustin de la supprimer , en faveur des pélagiens ; mais si elle devoil être supprimée, elle n'auroit pas été si expresséinent et si souvent révélée dans l'Ecriture. Il la faut expliquer aux hommes pour les faire entrer dans les jugemens de Dieu, qu'il faut connoître pour les craindre. Rien n'inspire tant d'horreur du péché, que de faire voir qu'il est tout ensemble un désordre et une peine , et quelque chose de pire que l'enfer ; puisque c'est ce qui le mérite , ce qui en allume les flammes, et qui en cause la rage et le désespoir plus brûlant que tous les feux. On découvre encore par-là ce secret de la justice divine , que pour punir les pécheurs, Dieu n'a besoin que d'eux-mêmes. Leur crime est de se chercher eux-mêmes : leur peine est de se trouver et d'être livrés à leurs désirs. Ces saintes et terribles vérités doivent d'autant moins être supprimées, qu'elles font partie de la divine Providence, et un moyen pour exécuter ses desseins profonds. L'exemple de la passion de Jésus- Christ en est une preuve. Sans la trahison de Judas, sans la jalousie des pontifes, sans la malice des Juifs, sans la facilité et l'injustice de Pilate, ni l'oblation de Jésus-Christ n'auroit été accomplie au fond, ni elle n'auroit été revêtue des circonstances qui dévoient servir à relever la patience et l'humilité
6l4 DÉFENSE DE LA TRADITION
du Sauveur. Mais Dieu qui avait résolu dei>ant tous les siècles j, que son Christ souffrît , l'a accompli de cette sorte (0. Il a de même accompli, par leçyiolences des persécuteurs , la gloire qu'il vouloit donner à son Eglise et à ses saints; et tout cela, et les autres choses de cette sorte, sont des ressorts incompre'hensibles de sa Providence ; nul que lui ne pouvant savoir jusqu'où tombent les pécheurs, lorsqu'il leur ôte ce qu'il ne leur doit pas, ni jusqu'où il est capable de pousser le bien qu'il veut tirer dp leur désordre.