CHAPITRE XXVII
Passage de saint Grégoire sur la chute de saint Pierre : conclusion de la doctrine précédente,
A CES raisons , alléguées par Origène et par saint Chrysostôme , pour la permission du péché de saint Pierre , qui sont partout celles de saint Augustin , nous en pouvons ajouter une de saint Grégoire le Grand. // nous faut ici considérer , dit-il (0, pourquoi Dieu j qui est tout-puissant ( et qui pouvoit empêcher saint Pierre de pécher) a permis que cet apôtre , qiiil avoit résolu de préposer au gouwemem.ent de toute t Eglise , ait tremblé a la vue d'uîie servante , et qu'il ait renié son maître; mais nous savons que cela s' est fait par une merveilleuse dispensation de la bonté divine , afin que celui qui devoit être le pasteur de l'Eglise^ apprît par sa propre faute , combien il fallait avoir de compassion de celles des autres; ce qui suppose deuit choses : l'une,
i?) Rom. XXI. va £yang.
que Dieu pouvoit empêcher la chute de saint Pierre, et l'autre, qui est une suite de celle-là, que ce n'est pas par une simple patience qu'il ne l'a pas fait, mais par une expresse disposition de sa providence. Il se faut donc bien garder, comme nous l'avons de'jà dit , de prendre ces permissions pour de simples de'laissemens où la puissance de Dieu n'intervienne pas. Au contraire , puisqu'elles sont une suite des conseils de sa sagesse, de sa justice et de sa bonté, dont sa puissance est l'exécutrice, il est constant que Dieu y agit par permission , à la vérité , mais en même temps par puissance. Le malheur de saint Pierre en est une preuve. Comme Dieu le tenoit secrètement par la main , et le modéroit dans sa chute, dont même il vouloit tirer son salut, il tomba autant de fois et aussi bas qu'il fallut pour l'humilier. Jésus-Christ ne le laissa pas dans l'abîme ; lorsqu'il fut au point où il l'attendoit, dès aussitôt il lança le regard qui le fit fondre en larmes. Pierre fuit , et par un effet de la sagesse et de la puissance qui se sont mêlées dans son crime , sans y avoir part^ il apprit à se connoître lui-même.
ET DES SAIIîTS PERES, HV. XII. 689