CHAPITRE VII
Que M. Simon s^est efforcé de détruire l'autorité de la tradition, comme celle de l'Ecriture, dans la dispute de saint Augustin contre Pelage : idée de cet auteur sur la critique, et que la sienne nest selon lui-même que chicane : fausse doctrine quil attribue à saint Augustin sur la tradition , et contraire à celle du concile de Trente.
Notre auteur a voulu trouver le même défaut dans la dispute de saint Augustin contre les pélagiens. Selon lui (0 , saint Augustin a toujours cru la dispute sur le péché originel très-clairement décidée par la seule autorité de l'IJcriture. Il produit lui-même un passage où ce Père dit : que Vapotre ne pouvait parler plus précisément ^ plus clairement^ plus décisivement (2) que lorsqu'il a proposé Adam comme celui en qui tous avoient péché, in quo omnes peccaverunt (3). Il n'importe que M. Simon , trop favorable à Pelage , soutienne dans tout son livre , non-seulement à saint Augustin , mais
(0 P. 286, — W Aug. de pecc. mer. 1. 10. — & Rom. v.
ET DBS SAIHTS l'ÈRES, LIV. II. '] ^
encore à trois conciles d'Afrique et au concile de Trente, que ce passage , qu'ils ont employé comme le plus décisif, ne l'est pas (c'est ce que nous verrons ailleurs); il nous suffit maintenant que saint Augustin , comme l'avoue notre auteur (0 , fût per.^uadé qu'il avoit prouvé la créance de l'Eglise par des passages de l'Ecriture qui ne peuvent être contestés. C'est donc l'esprit de l'Eglise de croire que l'on combattoit en certains points la doctl"ine des hérétiques, par des passages si clairs, qu'il ne leur restoit , à vrai dire , aucune réplique. Mais il semble que notre auteur ne nous montre cette vérité que pour la détruire ; puisqu après avoir vainement tâché de répondre par la critique au passage de saint «Paul, il conclut enfin ses remarques grammaticales par cette exclamation (2) : Tant il est difficile de convaincre les hérétiques par des Uxtes si formels de l'Ecriture , qu'on n'y puisse trouver aucune ambiguité ^ surtout quand ils sont exercés dans la critique. C'est <ionc là le fruit de la critique, d'apprendre aux hérétiques à éluder les passages oii les saints Pères et toute l'Eglise ont trouvé le plus d'évidence , et de leur faire trouver au contraire , comme fait M. Simon en cette occasion , des ambiguités , c'est-à-dire , des chicanes et des pointillés de grammaire.
Mais ce qui montre que ce critique ne fait que brouiller, c'est qu'après avoir affoibli les preuves de l'Ecriture par son recours aux traditions, il ôte encore à la tradition ce qu'elle avoit de plus fort dans l'antiquité, c'est-à-dire, le témoignage de ^•;P. 290 f»)jP. 287.
saint Augustin. On sait que ce saint docteur, qui avoit déjà ëLal)li d'une manière invincible l'autorité de la tradition contre les donatistes rebaptisans , atterre encore les pélagiens par la même voie, en leur opposant le consentement des Pères et des Grecs , autant que des Latins, comme une des preuves les plus constantes de la vérité. Que dit cependant M. Simon ? voici ses paroles (0 : Saint Aitgustin fait aiissi venir quelquefois à son secours la tra~ diti on fondée sur les témoignages des anciens écrivains ecclésiastiques ; mais il semble ne la suis/re que comme un accessoire pour s" accommoder à la méthode de ses adversaires , qui prétendoient que toute la tradition étoit pour eux. C'est nous montrer la preuve de la tradition , non comme une preuve naturelle et du propre fond de l'Eglise, mais comme une preuve étrarjgère et empruntée de ses ennemis ; non comme une preuve constante et perpétuelle , mais comme une preuve que l'on appôloit quelquefois à son secours ; non comme une preuve essentielle et principale, mais comme une preuve accidentelle et accessoire. Voilà l'idée qu'on nous donne de la tradition dans la dispute contre Pelage.
Mais elle est directement opposée à celle du concile de Trente, qui décide que la tradition, c'est-àdire, la parole non écrite, doit être reçue avec un pareil sentiment de piété et une pareille révérence : Pari pietate ac reverentid (2). Ce n'est donc ni un accessoire, ni rien d'étranger à l'Eglise , mais le fond même de sa doctrine et de sa preuve , aussi bien que l'Ecriture.
(OP. 285.— W5e«. IV.