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CHAPITRE XIV

Suite de la même démonstration ; quelle prescience est nécessaire dans la prédestination.

On voit par-là quelle prescience il faut reconnoître dans la prédestination. C'est, comme dit saint

CO Lib. II. d& dono pers. c. xvu.

ET DES SÀIHTS PÈRES, LIV. XII. 6^g

Augustin (0 , une prescience par laquelle Dieu prévoit ce qu'il dci'oit faire , PR,EDESTm.vssE est hoc

PRJESCISSE QUOD FCERAT IPSE FACTURUS. Ce Il'cst doilC

pas une prescience de ce que l'homme doit faire, mais de ce que Dieu doit faire dans l'homme, non que Dieu ne prévoie aussi ce que l'homme doit faire; mais c'est que ce qu'il doit faire est une suite de ce que Dieu fait en lui , et qu'il voit le consentement futur de l'homme dans la puissance de la grâce qu'il lui prépare.

C'est enfin pour cette raison, que saint Augustin définit la prédestination , la prescience et la préparation de tous les bienfaits de Dieu , par lesquels sont certainement délivrés tous ceux qui le sont. La prédestination des saints, nest , dit -il (2), autre chose que cela , hjec prjedestinatio sanctorum nihil

AUTJD EST QUAM PR^SCIEWTIA ET PR^PARATIO BENEFI- CIORUM DeI QUIBUS CERTISSIME LIEERAÎfTL'R QUICCMQUE

LiuERAîfTUR. Toutc l'Ecolc reçoit cette définition de saint Augustin comme constante. Il est donc constant que Dieu a des moyens certains de délivrer l'homme , c'est-à-dire , de le sauver. S'il les donnoit à tous, tous seroient sauvés; il ne les donne donc pas à tous , ces moyens certains ; car c'est de ceuxlà dont il s'agit ; et à qui les donne-t-il ? à quelquesuns de ceux qui sont sauvés ? non ; c'est à tous ceux qui le sont : Quibus certissime liberaxtur quicum- QUE LiBERANTUR. Tous donc out Tcçu CCS bienfaits dont l'effet devoit être si certain ; et d'où les ont-ils reçus , sinon d'une bonté aussi spéciale que ces bienfaits sont particuliers? Cette bonté est par consé- (') lÂb. II. de donopers. c. XTii ex xrui. ^ (*) lUd. c. xrr.

quent aussi gratuite que le sont ces bienfaits mêmes, étant impossible et manifestement absurde que Dieu ne prépare gratuitement et de toute éternité ce qu'il accorde gratuitement dans le temps.

CHAPITPvE XV.

Dixième -proposition , où Von démontre que la pre'destination , comme on vient de l'expliquer par saint Au' gustin, est de la foi : passage du cardinal Bellarmin,

La dixième proposition est que cette doctrine de saint Augustin sur la prédestination est de foi. D'abord saint Augustin l'enseigne ainsi très-expressément par les prières de l'Eglise , lorsqu'après les avoir remarquées, et après avoir aussi remarqué que prier est un don de Dieu, il poursuit ainsi (0 : « Ces choses donc que l'Eglise demande à Dieu, et » qu'elle n'a jamais cessé de lui demander depuis » qu'elle est établie, sont prévues de Dieu comme » des choses qu'il devoit donner, et qu'il avoit même » déjà données dans la prédestination , comme M l'apôtre le déclare » , d'où il tire cette conséquence : « Celui-là donc pourra croire que la vé- 3) rite de cette prédestination et de cette grâce n'a » pas toujours fait partie de la foi de l'Eglise, qui îi osera dire que l'Eglise n'a pas toujours prié, ou » n'a pas toujours prié avec vérité, soit afin que les » infidèles crussent , soit afin que les fidèles persé- » vérassent-, mais si elle a toujours demandé ces » biens comme étant des dons de Dieu, elle n'a ja-

(■) Lib. II de donopers, c. xxiii.

» mais pu croiie que Dieu les ait pu donner sans » les connoître , et par-là l'Eglise n'a jamais cessé » d'avoir la foi de cette prédestination , qu'il faut » maintenant détendre avec une application parti- » culière contre les nouveaux he're'tiques ».

Il est donc clair comme le soleil, que la prédestination que saint Augustin de'fendoit dans les livres d'où sont tire's tous ces passages , c'est-à-dire , dans ceux de la pre'destination des saints et du don de la perse've'rance , appartient à la foi, selon ce Père, et que c'e'toit cette foi qu'il falloit de'fendre contre les he're'tiques ; et la raison en est premièrement , qu'on ne peut nier sans erreur, que les prières où l'Eglise demande les dons qu'on vient d'entendre , ne soient dicte'es par la foi , en laquelle seule elle prie; et secondement, qu'il n'est pas moins contre la foi de dire (/ne Dieu nait pat, prévu et les dons au il devait accorder, et ceux à gui il en devoit faire la distribution (0 ; ce qui fait dire à saint Augustin aussi affirmativement qu'on le peut faire ip) : Ce que je sais , c'est que personne n'a pu sans errer disputer contre la prédestination que nous avons entrepris de défendre.

Le cardinal Bellarmin, après avoir rapporté ces passages de saint Augustin, et en même temps remarqué les définitions du saint Siège , qui ont déclaré entre autres choses que saint Augustin n'a excédé en rien , conclut que la doctrine de ce saint sur la prédestination n'est pas une doctrine particulière , mais la foi de toute l'Eglise : autrement saint Augustin , et après lui les papes qui le sou-

W Lib. 11. Je donopers. c. xxiv. — >>') IbiJ. c. xyiii.

66^ nÉTETfSE DE LA TRADITION

tiennent, seroient coupables de l'excès le plus outré, puisque ce Père avoit donné son sentiment pour un dogme certain de la foi.

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