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CHAPITRE XXIV

Prière de Barlaam et de Josaphat dans saint Jean de Damas.

Cette doctrine, dans laquelle consistoit le fond de la piété, passoit d'âge en âge. Au septième siècle , saint Jean de Damas faisoit prier ainsi son Barlaam, lorsqu'il donna la communion à son Josaphat (2) : « Regardez cette brebis raisonnable qui M approche de vos saints autels par mon ministère : » convertissez cette vigne plantée par votre Esprit » saint, et faites-la fructifier en fruits de justice : » fortifiez ce jeune homme , arrachez-le au démon » par votre bon esprit : apprenez -lui à faire votre

10 Conf. Eph. p. 266. — \{p) Joan. Damas. Jiist. 61 3.

» volonté, et ne lui retirez pas votre secours ». Ce jeune homme disoit aussi : « Je suis foible et incai> pable de faire le bien , mais vous pouvez me sauï) ver : vous, qui tenez tout en votre puissance, ne î) permettez pas que je marche dans les voies de la » chair , mais apprenez-moi à faire votre volonté » . Quand le solitaire dit, Apprenez-moi , et que Josaphat le répète, ils ne parlent pas de l'instruction extérieure qui avoit déjà été faite ; mais de la doctrine du dedans , par laquelle actuellement on est véritablement enseigné de Dieu, selon la parole de Jésus- Christ , erunt omnes docihiles Dei , selon le grec docù a DeOj ou docti Dei, âtàx/-ot zo'j-âcoït (0, les disciples de Dieu au dedans par l'actuel accomplissement de sa volonté. C'est pourquoi ces deux saints disoient (2) : Apprenez-nous à faire votre volonté. C'est toujours l'effet qu'on demande, et on demande par conséquent une grâce qui le donne efficacement ; ce qu'on explique par les mots suivans : ce Quand vous inspirez des forces, les foibles de- » viennent forts , puisque c'est vous seul qui donnez » un secours invincible. Fortifiez -moi, afin que je » demeure dans la foi jusqu'à la fin de ma vie, etc. » Tout cela faisoit voir doù l'on attendoit la persévérance, et par quelle grâce.

Dans une tentation qui sembloit pousser à bout la vertu : « O Dieu, disoit Josaphat (3)^ espérance » des désespérés, et refuge unique de ceux qui sont » destitués de secours , ne permettez pas que l'ini- » quité me corrompe, ni que je souille ce corps que » j'ai promis devons garder pur ». Après qu'il eut

(0 Joan. VI. 45. — W P. 620. — (3) P. 633.

C8if DÉFE3VSE DE LA TUADITION

dit Amen, et qu'il eut fini sa prière, il sentit, dit 1 historien , une consolation céleste, et les mauvaises pensées furent dissipées en un moment. L'action de grâces suivoit aussi forte que la demande. « O Dieu, » disoit ce jeune prince, en apprenant la conversion M inespérée de son père (0 , qui racontera votre » mise'ricorde et votre puissance ' vous êtes celui qui )) changez les pierres en étangs et les rochers en a ruisseaux. Cette roche, c'est-à-dire, le cœur de » mon père, est devenue une cire molle quand il » vous a plu ; et qui en doute , puisque vous pouvez » faire naître de ces pierres des enfans d'Abraham ? » Etendez donc sur votre serviteur cette main ou- » vrière et invisible qui fait tout : achevez de le déli- » vrer, et faites-lui sentir très-efficacement que vous » êtes le seul Dieu et le seul roi » . Lorsqu'il ajoute (2) ; Je vous rends grâces, d'un si soudain changement, o Dieu, amateur des hommes; et encore (5) : Je vous rends grâces de ce que vous ri avez pas méprisé mes prières ni rejeté mes larmes , et de ce qu'il vous a plu de retirer mon père, votre serviteur, de ses péchés, et de le tirer à vous, qui êtes le Sauveur de tous, il montre quel secours il avoit besoin de demander pour obtenir un si grand effet, et en un mot qu'il ne le falloit ni moins grand ni moins efficace.

(0 Joan. VI. p. 642. — W P. 643. — (3) P. 645.

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