‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 301 sur 321 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Que cette grâce reconnue par Origène est prévenante , et quel rapport elle a avec la prière.

Il ne reste plus qu'à démontrer que cette grâce qu'on voit déjà si efficace est encore prévenante; mais c'est de quoi Origène ne nous permet pas de douter, lorsqu'il dit (0, que la nature humaine n est pas suffisante a chercher Dieu en quelque façon que ce soit , et à le nommer même j si elle n'est aidée de celui-là même quelle cherche. Nous cherchons donc, mais inutilement, si celui que nous cherchons ne nous aide ; c'est - à - dire , ne nous cherche le premier ; ce qui fait dire au même Origène , dans son livre de la Prière , que la grâce nous prévient , lorsqu'en étant venu à l'explication de cette demande de l'Oraison dominicale : 'votre 'volonté soit faite j en la terre comme au cielj il parle ainsi (2) : « Si nous sommes encore terre à » cause de nos péchés, nous prions que l'efficace » de la divine volonté s'étende jusqu^à nous pour » nous corriger, de même qu'elle a prévenu ceux M qui avant nous ont été faits et sont ciel, {par

(») Lih. VII. p. 36o. — ('; ExpUcat. Or. Dom. n. i5. pag. 85. qucest. io3.

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« leur attachement aux choses célestes ) ; que si nous 3) avons déjà (en (quelque sorte) cessé d'être terre, M et que Dieu nous répute ciel, nous prions que M dans ce qui reste encore de plus mauvais , la vo- » lonté de Dieu soit accomplie dans la terre , comme » dans le ciel, afin que tout ce qu'il y a de ter- M restre devienne ciel ; en sorte que la terre ne soit » plus, mais que tout soit ciel en nous ». On voit donc, non - seulement que la grâce fait tout en nous par son efficace, mais encore en particulier qu'elle a prévenu ceux dont les désirs sont déjà attachés au ciel, et qu'elle ne cesse d'opérer qu'ils s'y attachent encore davantage.

Cette force de la grâce prévenante paroît encore dans ce bel endroit sur saint Luc (0 : « Qui de nous )) n'a pas été insensé ? et maintenant, par la divine « miséricorde, nous avons l'intelligence et désirons j) Dieu avec ardeur : qui de nous n'a pas été incré- » dule? et maintenant par Jésus-Christ nous avons » et suivons la justice : qui de nous n'a pas été erj> rant et vagabond ? et maintenant par l'atènement w de notre Sauveur, nous sommes imperturbables et » ne souffrons plus d'agitations , mais nous mar- » chons dans la bonne voie , pa* celui qui dit : Je » suis la voie ». Nous sommes donc prévenus, puisqu'on nous prend dans l'erreur et dans le péché , pour nous transférer à la grâce.

Il confirme ce qu'il avance par l'exemple des catéchumènes : « Qui, dit-il (2), ô catéchumènes, vous » a assemblés dans l'Eglise ? qui vous a fait quitter M vos maisons pour cette sainte assemblée ? Nous

(') Hom. rn. t. n. pag. i3S. — {^^ Ibid.

» n'avons point été vous chercher de porte en porte , » mais le Père tout-puissant, par sa vertu invisible, » a excité cette ardeur dans ceux qu'il en a cru » dignes, et vous a entraînés ici comme par force, » malgré les doutes qui s'élevoient dans vos esprits ».

Il ne faut point s'étonner de ce mot de dignes j car nous verrons et bientôt, et par Origène même (0, que ceux qui sont dignes, c'est Dieu qui les a faits dignes auparavant; et dès ici, nous voyons que ceux qu'il suppose dignes ne l'étoient pas au commencement , puisqu'ils étoient dans l'égarement et dans l'incrédulité.

S'il y a quelque chose en nous par où nous puissions nous rendre dignes de Dieu, c'est sans doute la prière : Mais , dit Origène (2), elle n'est point en nous comme de nous-m,émes ; c'est le Saint-Esprit , qui 'voyant que nous ne saisons ce que nous devons demander, commence en nous la prière que notre esprit suit : semblable à un maître qui , voulant instruire un enfant, prononce la première lettre qu'il faut répéter après lui. Ainsi agit ce maître céleste dans la prière : il commence et nous suivons : il nous présente les gémissemens par oii nous apprenons nousmêmes à gémir ; et il ne dédaigne pas d'être notre guide dans le voyage ; c'est-à-dire, bien assurément, que c'est lui qui marche devant et qui nous conduit, ce qui est aussi ee qu'Origène avoit entrepris de prouver.

Il donne tant à la prière , dans l'endroit où nous avons vu que l'Evangile prévaudra un jour par toute la terre , qu'en invitant les Romains à s'y soumettre ,

(») Cont. Cels. lib. in. — (*) Ad Rom. c. yui. l, vu. p. 870, 3ji.

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il les assure qu'en le faisant ils seront victorieux par la prière , et que protégés par la puissance de Dieu, ils n auront plus de guerre (0; ce qui ne se peut, sans que Dieu tourne les cœurs à la paix j d'où il prend occasion de leur adresser ces paroles (2) : « Vous ne devez pas mépriser la milice des chré- » tiens , qui gardant à Dieu leurs mains pures, » combattent par leurs prières contre ceux qui s'op- M posent aux justes desseins de l'empereur et de ses y soldats, afin que Dieu les détruise ; c'est pour- » quoi, poursuit-il j renversant par nos prières les » démons qui émeuvent les guerres et excitent les )) violateurs des sermens et les perturbateurs de la » paix, nous rendons un plus grand service à l'em- M pereur que ceux qui portent les armes sous » ses ordres ». Par où il montre toujours que tout cède à la puissance de Dieu qu'on invoque par la prière ; puisqu'elle tient en bride les démons , et empêche leurs instigations de prévaloir sur la volonté des hommes.

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