‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 40 sur 321 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Que la méthode que M. Simon attribue à saint Athanase et aux Pères qui font suivi dans la dispute contre les ariens, na rien de certain , et mène à l'indifférence.

Mais afin qu'on ne croie pas que je craigne , par une vaine terreur, les secrets desseins de l'auteur, il faut ici les approfondir avec plus de soin, et mettre encore dans un plus grand jour ce mystère d'iniquité, en le déterrant du milieu des expressions ambiguës doat cet auteur arLiftcieux a tâché de l'envelopper.

Je dis donc hautement et clairement que la méthode de notre auteur nous mène à l'indifférence des religions, et que le moyen dont il se sert pour nous y conduire, est de faire voir que ce qu'on appelle foi , n'est autre chose dans le fond qu'un raisonnement humain.

Il faut ici expliquer la méthode qu'il attribue aux anciens docteurs sur le sujet du raisonnement. La théologie , dit M. Simon W, reçut en ce temps -là (dans le temps de saint Athanase) de noui^eaux éclaircissemens ; et comme les disputes ( sur la divinité du Fils de Dieu ) ^ commencèrent à Alexandrie , ou la dialectique était fort en usage , on (0 Enar. in Ps. xlvii. n. 7 (>) P. 91.

ET OnS SAINTS PÈRES, LIV. II. I09

joignit le raisonnement au texte de l'Ecriture ; voilà déjà un beau fondement. Auparavant on ne raisonnoit point sur l'Ecriture; on ne confe'roit point un passage avec un autre ; on n'en tiroit pas les conséquerices , pas même les plus certaines, car tout cela certainement c'est raisonner; or on ne raisonnoit pas. TertuUien, ni Origène, ni saint Denis d'Alexandrie , et les autres Pères n'avoient point raisonné contre Marcion, ni contre Sabellius, ni contre Paul de Samosate , et contre les autres hérétiques, ni contre les Juifs : cela commence du temps de saint Athanase. On joignit alors le raisonnement au texte de T Ecriture ; ce qui , poursuit notre auteur ('), causa dans la suite de grandes controK^erses ; car chaque parti voulut faire passer, pour la parole de Dieu , les conséquences qu'il tiroit des écrits des évangélistes et des apôtres. Ces embarras sont donc également causés par les orthodoxes et par les hérétiques , par Athanase et par Arius , et chaque parti voulut prendre ses conséquences pour la pure parole de Dieu : qui aura tort? On n'en sait rien; et tout ce qu'on voit jusqu'ici , c'est qu'on suivoit de part et d'autre une mauvaise méthode. C'est déjà un assez grand pas vers l'indifférence ; mais ce qu'ajoute l'auteur nous y mèneroit encore plus certainement , si nous suivions ce guide aveugle. Voici la suite de ses paroles (2) : Les ariens opposèrent de leur côié aux caûioliques , quils avaient introduit dans la religion des mots qui nétoient pas dans les livres sacrés. Saint Athanase prouva au contraire que les ariens

en ai>oient intenté un bien plus grand nombre; en sorte que de part et d'autre Von s appuyoit , nonseulement sur les passages formels de la Bible , mais aussi sur les conséquences quon en tiroit, et de plus sur les traditions des écrivains ecclésiastiques qui aidaient précédé.

Voilà donc comme on agissoit de part et d'autre ; mais de part et d'autre on avoit tort. Il ne falloit pas raisonner, mais s'attacher uniquement à la pure parole de Dieu. Tout ce qu'on pouvoit ajouter au texte de l'Ecriture n'étoit qu'un raisonnement humain; il en fallait rei^enir à la tradition} c'est-à-dire, selon notre auteur, au:» interprétations des écrivains ecclésiastiques qui avoient précédé. Mais c ëtoit là le moyen des hérétiques aussi bien que des catholiques : ton s'appujoit sur cela y dit notre auteur (0, de part et d autre. Il falloit donc encore raisonner sur cette tradition , afin de voir pour qui elle étoit ; et on revenoit au raisonnement humain que notre auteur vient de rejeter comme un moyen peu sûr d'établir la foi; et selon sa belle critique, on en vient toujours à tout détruire sans rien établir. Telle est , selon lui , la méthode qui commença du temps de saint Athanase; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'elle a servi de règle, ou comme il parle , de fond aux autres Pères qui ont écrit après lui contre les ariens (2).

(OP. 91. — v»}/&W.

Page 1