CHAPITRE IX
Recommandation des interpre'tadons du socinien Crellius.
C'est à quoi servent les louanges que notre auteur donne à Crellius. Elles sont d'abord précédées
(') Orat. 33.
l38 DÉFEîfSE DE LA TUADITIOJST
par ceDes dont Grotius, le premier des commentateurs (dans ridée de M. Simon (0) relève cet unitaire, qui Font entraîné lui-même dans les explications sociniennes. Voilà déjà un grand avantage pour Grellius : dans la suite on n'entend parler M. Simon W que de la grande réputation , que du discernement , du bon choix , de l'attachement au sens littéral qu'on trouve dans cet auteur, qui est tout ensemble , grammairien , philosophe et théologien , et qui cependant n est pas beaucoup étendu (5) ; c'est-à-dire, qu'on y trouve tout, et dans le fond et dans les manières, avec la brièveté, qui est le plus grand de tous les charmes dans des écrits qu'on représente si pleins. C'est tout ce qu'on pouvoit proposer d'attraits pour le faire lire ; et pour disposer à le croire , qu'y avoit-il de plus engageant que de dire (4), non-seulement qu'^7 va presque toujours à son but par le chemin le plus court; mais encore que sans s arrêter à examiner les dii^erses interprétations des autres commentateurs , il ri oublie rien pour établir les opinions de ceux de sa secte; ce qiiilfaît, poursuit notre auteur , avec tant de subtilité , qiiaux endroits même où il tombe dans l'erreur il semble ne dire rien de lui-même. Que prétendez-vous après cela , M Simon ? Vous avez frappé les infirmes d'un coup mortel : dites-leur tant qu^il vous plaira , que le socinianisme est nouveau , qu'il est mauvais , votre lecteur demeure frappé de l'idée que vous lui donnez des explications de cette secte. Ce qui en rebute , c'est la violence qu'elle fait partout à l'Ecriture et à l'idée universelle du christia-
(0 P. 8o2, 8o5. — W P. 847, ft '^n- — ^^' P' 84G. — '/O P. Soi
nisme ; mais vous levez cette horreur en faisant paroître les interprétations de Crellius si naturelles , si concluantes, qu'on croit les voir sortir comme d'elles-mêmes de la simplicité du texte sacré; en sorte qu'on est porté à regarder l'auteur comme un homme qui ne dit rien de lui-même. Encore si vous releviez en quelques endroits les absurdités manifestes de ses explications , ce que vous en dites d'avantageux pourroit inspirer quelques précautions contre ses artifices ; mais en ne montrant que les avantages d'un auteur qui a séduit Grotius , on pousse dans ses lacets, non-seulement les esprits vulgaires, mais encore les savans curieux que la nouveauté tente toujours.
Je ne lînirois jamais, si je voulois raconter tous les tours malins de Crellius , soigneusement rapportés par M. Simon (') pour éluder la divinité de Jésus - Christ , sa qualité de Fils de Dieu, et l'adoration qu'elle lui attire. Il devoit expliquer du moins ce qu'il trouvoit dans les Pères , pour montrer les caractères particuliers de cette adoration qui la distinguent de toutes les autres ; mais non , par les soins de M. Simon , nous apprendrons bien les difficultés et les détours ; et cependant nous ignorerons les solides solutions des saints docteurs. C'est la critique à la mode, et la seule qui peut contenter les curieux.
0) P. 84;, et seq.
l4o DÉFENSE DE LA TRADITION