CHAPITRE V
Çue le critique en faisant dire à saint Chrysostôme dans l'homélie m aux Hébreux , qail y a deux personnes en Jésus-Christ , lui fait tenir un langage que ce Pèr& na jamais tenu en aucun endroit , mais un langage tout contraire : passage de saint Chrysostôme , homélie VI sur les Philippiens.
Si le critique réplique que ce n'est pas dans les points qu'on vient de marquer qu'il attribue à saint Chrysostôme le langage de Nestorius et deThéodore, mais en ce que prenant le mot de personne pour nature j il met, comme ces hérétiques, deux personnes en Jésus-Christ ; c'est ici que je remarque deux ignorances grossières , l'une d'attribuer ce langage à saint Chrysostôme , et l'autre de l'attribuer à Nestorius.
ET DES SAINTS PERES, LTV. IV. 3o3
Pour ce qui est de saint Chrysostôtne , sans entrer dans les diverses significations que d'autres Pères plus anciens que lui ont pu donner au terme prosopon , personne ; chez lui , en trente endroits où il s'en sert, on n'en trouvera jamais une autre que celle qui le restreint à une personne proprement dite. Or est-il qu'il faut entendre chaque Père , et en général chaque auteur, selon son propre idiome. Il ne faut pas croire qu'un homme s'aille aviser tout d'un coup sans nécessité , et dans un seul moment , de tenir un autre langage que celui qu'il a tenu constamment. Ainsi quand M. Simon veut s'imaginer que saint Chrysostôme , dans un seul passage et dans la seule homélie troisième sur l'épître aux Hébreux , ait mis deux personnes en Jésus- Christ, ou qu'il prenne personne pour nature ^ c'est une grossière ignorance ou une affectation encore plus grossière de calomnier un si grand homme.
Qu'ainsi ne soit , écoutons le passage de saint Chrysostôme dans l'homélie dont il s'agit, et voyons comment le traduit notre critique. Il dit que ces
mots , ^yà TrpoflTMTrà âtïiprinévx vjzrà thv ÛTro^àjiv , deuX
personnes séparées l'une de T autre selon leur subsistance oti hypostase ^ doivent être entendues de Jésus-Christ. Qu'il me montre donc un seul endroit de ce Père , où deux personnes séparées et distinguées selon l'hypostase, signifient autre chose que deux véritables personnes absolument distinguées , et qui subsistent chacune entièrement en ellesmêmes. Si l'on me montre un seul exemple du contraire , je céderai ; mais pour moi , je m'en vais montrer dans saint Chrysostôme une expression de
même nature que celle dont il s'agit , qui ne souffre point d'autre signification que celle que je propose. Il dit, en expliquant cet endroit de l'épître aux Philippiens : Jésus-Christ ne crut pas commettre
TJN attentat DE SE PORTER POUR ÉGAL A DiEU (0,
qu'égal ne se peut pas dire d'une seule personne , tià £vôç TzpofTMTzov -. égal est égal à quelqu'un. Kous voyez donc , poursuit-il, dans ces paroles de saint Paul j la subsistance de deux personnes , c'est-àdire, du Père et du Fils, <?wc) TrposwTrwy inoçccaiv : ce qui j dit- il, confond Sabellius , qui nioit en Dieu la distinction des personnes. L'affmité de ce passage avec celui dont il s'agit , est manifeste : la subsistance de deux personnes , dans l'homélie sur l'épître aux Philippiens , est visiblement la même chose que les deux personnes distinguées par leur subsistance dans l'homélie sur l'épître aux Hébreux. Or est - il que la subsistance de ces deux personnes j dans l'homélie sur l'épître aux Philippiens , emporte la distinction de deux véritables personnes pour confondre Sabellius , comme il paroît par le texte qu'on vient de produire; par conséquent les deux personnes distinguées par leur subsistance ^ dans l'homélie sur l'épître aux Hébreux, emporte aussi la même distinction pour confondre pareillement le même Sabellius, et ces deux expressions sont équivalentes.
Que le dessein de ce Père, sur l'épître aux Hébreux comme sur celle aux Philippiens , soit de confondre Sabellius , il le déclare par ces mots (2) ; Saint Paul attaque ici les Juifs , Paul de Samosate , («) Hom. VI. in Philip. — v*) Hom. m. in Ep. ad Hehr.
ET DES SAINTS PÈBES, LIT. IV. 2o5
les ariens y Marcel et Sabellius. Or est-il qu'on ne peut montrer dans cette home'lie sur l'e'pître aux He'breiix , aucun endroit où ce Père fasse attaquer à saint Paul Sabellius , qui nioit en Dieu la distinction des personnes, que celui-ci, où il dit en effet qu'il y a deux personnes distinguées selon leur subsistance. Donc ce passage s'entend de Sabellius , et de deux personnes véritablement subsistantes. La démonstration est parfaite, et l'ignorance ou l'affectation de notre critique inévitable.