CHAPITRE IX
Que Théodore et Nestorius ne parlaient pas eux-mêmes le langage quon veut que saint Chrysostôme ait eu commun avec eux.
Mais voici, pour achever de confondre la témérité du censeur de saint Chrysostôme, une dernière remarque : f^ous ne vous étonnez pas ( car de quoi s'étonne un critique et quelle nouveauté l'effraie ) au un Père si orthodoxe ait tenu le langage des hérétiques , et reconnu deux personnes en Jésus-Christ. Mais que sera-ce si on vous fait voir que ces hérétiques , que Théodore , que Nestorius ne tenoient point le langage que vous voulez qui leur soit commun avec ce saint évêque de Constantinople? c'est pourtant ce qui est vrai. Le langage des chrétiens sur l'unité personnelle en Jésus-Christ , et sur la signification de ce mot personne ^ prosopon , après quelques variations , étoit alors tellement fixé eu Orient par l'usage de saint Basile et des deux Grégoire, celui de Nazianze et celui de Nysse, el personne signifioit tellement personne , que les hérétiques mêmes, qui innovoient tout, n'osoient chan-. ger ce langage. Je dis même les hérétiques, qui divisoient en effet la personne de Jésus-Christ, comme Théodore de Mopsueste et Nestorius. Ils ne laissoient pas de dire qu'il n'y avoit en Jésus -Christ qu'une personne. A l'égard de Tliéodore, on en trouvera les passages dans Facundus (0 et dans les
(') Lih. m. 2. p. 109. »l seij. laS, etc.
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extraits du concile V (0. On verra la même chose de Nestorius dans les actes du concile d'Ephèse. On sait bien qu'ils l'entendoient mal , et qu'ils ne mettoient d'union entre le Verbe et l'humanité en Jésus- Christ que par affection , par relation , par représentation ; mais enfin , ils étoient forcés par le langa^ à ne mettre contre le fond de leur doctrine qu'une personne. Pourquoi veut-on que saint Chrysostôme parle plus mal que ces faux docteurs , et qu'il change le langage de l'Eglise, que les hérétiques n osoient changer, encore qu'il leur fût contraire dans le fond ?
Je neveux pas dire c^e quelquefois les hérétiques, ennemis de la véritable unité de personne en Jésus- Christ, n'aient parlé naturellement selon leur idée, et n'aient mis comme deux personnes le Fils de Dieu et le Fils de Marie. Mais je dirai bien que ce n'étoit pas leur langage; c'est-à-dire, leur expression ordinaire. Au contraire, elle étoit si rare dans leurs écrits , qu'à peine en reste-t-il quelque vestige dans les extraits qu'on en a. Quoi qu'il en soit, on ne trouvera pas que Théodore , ni même iVestorius , aient énoncé deux personnes en Jésus-Christ aussi clairement et aussi absolument qu'on veut le faire dire à saint Chrysostôme. Il faut donc conclure de là que le langage de l'Eglise étoit formé de son temps , et qu'il y a trop d'affectation à le vouloir faire varier seul sur une chose qui étoit alors si établie.
v') Conc. V. Coll. IV CIT.
2l4 DÉFENSE DE LA TRADITION