ALMA, CHE 81 GENTILE, ETC
âme qui par amour as été créée si belle par mon Père , ô âme que j*ai tant aimée moi-même, regarde d'un cœur humble ma poitrine.
1 L'historien Meier a faussement attribué à Savonarole la Laude : Signer, soccorr* aita, etc. Dans le manuscrit de la Magliabechiana, de Florence (clas. vii, n. 365}, elle fait suite à une poésie de Savonarole, mais on lit à la fin : Laurenlius Tomabuoni dictavit.
Celle qui commence : Orné! Orné! est attribuée par Razzi à Boniface Landini, et n'est pas de Savonarole, comme Ta cru Thistorien Aquarone.
DE JÉRÔME SAYONÂROLE 173
Laisse-toi toucher de pitié, laisse-toi vaincre par Tamour I Ah ! je t'en conjure , renonce à ton péché, puisque sans moi tu ne peux trouver la paix. ma bienheureuse créature spirituelle, prends dans mon côté le doux prix de la vie éternelle. La charité t*invite à t*élever de ce lieu bas et vil aux brillantes hauteurs du ciel.
Éteins ton amour-propre dans ma lumière, et brise tous tes liens. Ma douceur conduit Tâme à cet amour vivifiant qui la rend capable de participer à ma gloire avec les chœurs des élusl Si tu sais mourir ici-bas pour mon amour, tu vivras avec moi dans ma céleste bergerie.
Pour qui m'aime, la soufirance n'est rien, et la mort même est plus suave qu'un rayon de miel. De grâce, sois constante et forte. Heureuse, oh ! bîetiheureuse sera ta destinée, si tu prends la croix pour me suivre, et si ma douce voix ne cesse de résonner dans ton cœur vaillant 1
Ma bonté, que les honmiés ne savent pas apprécier, t'appelle doucement, et pour toi mon sang coule à toute heure. Ah! reviens à moi avec des larmes. Malheur à qui ne connaît pas le repentir ! Malheur à qui ne me regarde point avec une foi vive! Ne tarde donc plus, car le
temps vole, ô ma belle âme chérie!
A lainte Catherine de Bologne.
Canzona : anima bella, etc.
Publiée par Audin de Rians, d'après Toriginal qui se trouve à la bibliothèque du couvent de Saint-Marc. La dernière strophe est inachevée.
174 CEDVRES SPIRITUELLES
La bienheureuse Catherine Vegri était née à Ferrare en 1413 et y avait vécu pendant plusieurs années au monastère du Corpus Do» mini, qui existe encore^ presque en face de la maison où naquit Savonarole. Elle se transporta à Bologne pour y fonder un nouveau monastère de Glarisses et y mourut, le 9 mars 1463. Son corps, es^bumé après dix-neuf jours de sépulture, fut trouvé aussi frais et aussi souple que celui d^un enfant. On Tinstalla sur un siège, revêtue de l'habit religieux , les mains et les pieds découverts , et les populations accoururent bientôt pour la vénérer. Savonarole dut se mêler à la foule des pèlerins, puisquMl séjourna dans cette ville plusieurs années, et qu^il y revint pour prêcher le carême en 1493. Il envoya les strophes suivantes aux religieuses des monastères, en les invitant « à prier Dieu pour lui et à le recomman- «1 der à la bienheureuse Catherine ».
belle Ame, qui, en montant au ciel, avez laissé à la terre votre corps saint pour nous donner un témoignage de l'autre vie, maintenant que vous avez terminé ce long combat où, sans faiblir jamais, vous fûtes toujours fidèle, à votre Époux, vous restez en sa présence, chaste et pure, afin de célébrer votre magnifique victoire dans la gloire éternelle. Loin de cette vie amère et ténébreuse, vous vivez désormais en pleine sécurité près de Jésus- Christ.
Votre corps saint et les prodiges dont nous sommes témoins attestent assez quel haut rang Dieu vous a fixé dans le paradis, ô esprit bienheureux, noble exemple pour ce monde félon, céleste flamme pour les cœurs froids, doux rafraîchissement pour les affligés l Quiconque vous implore avec de pieuses larmes, ô Vierge élue, est délivré aussitôt de toutes ses faiblesses ; car, ô Vierge couronnée, combien est puissante votre intercession auprès du Christ, le ciel le voit, et aussi la terre qui vous a vue naître!
Attirés par la seule renommée, les peuples accourent de
Di jbrAmb sà\onârole 175
foutes parts afin d'admirer votre corps qui semble vivre encore et se souvenir toujours de son Ame. Chacun le contemple et chacun le vénère, pénétré d'une respectueuse admiration. Eh! quel cœur serait assez barbare pour ne pas pleurer d'attendrissement à la vue de vos miracles et de votre humble visage! Si donc, en voyant seulement votre corps, on se croit déjà en paradis, que sera-ce quand on verra la beauté de votre Ame?
Ame bienheureuse, qui jamais ne vous êtes écartée du droit sentier, qui toujours avez méprisé ce que désire le monde...
A sainte Marie Madeleine*
{Pro itinerantibus, poar les pèlerins.)
IN su QUELL' ASPRO monte , ETC.
Cette poésie nous paraît évidemment composée pour les pèlerins de la Sainte- Baume, pèlerinage alors fameux dans toute la chrétienté, et fréquenté par les Florentins que le commerce attirait en France. Au xiv« siècle, Pétrarque suspendit au rocher de la grotte une belle inscription en vers latins. (Voir Faillon, Monuments inédits, etc. Tpm. I, p. 958.) Il dit dans son livre de la Vie solitaire : « Je me souviens d^y être allé souvent, d^y avoir « passé une fois trois jours et trois nuits et d'y avoir goûté des « joies bien différentes de celles qu^on goûte dans le monde. »
D'ailleurs Savonarole avait déjà composé un office en Tbonneur de sainte Madeleine, qui malheureusement ne nous a pas été conservé. « ...Je vous envoie, écrivait-il à sa sœur Béatrix, le <i 3 novembre 1406, un petit ofOce que j'ai composé en l'honneur « de sainte Marie Madeleine, pour conserver la chasteté de l'âme « et du corps, et pour obtenir la rémission des péchés... »
176 CEÙVRES SPIRitUELLBS
Sur cette âpre montagne où contemple Madeleine, montons le cœur pur et serein , en célébrant par des chants pieux la gloire du Seigneur qui Ta remplie de grâce.
Entouré du chœur des anges, il conduit sur la hauteur sa douce épouse. Pécheurs, admirez; celle qui fut quelque temps toute terrestre, Marie, maintenant sanctifiée, vous révèle la source profonde de Tinfinie miséricorde.
Ses sanglots furent changés en mélodies célestes; elle devint la tendre et chère épouse de TEpoux divin. Suspendue dans les airs, elle fixe son regard sur le gracieux visage du Nazaréen.
Son cœur est tout brûlant et donne un libre essor à son amour. Jésus, son doux Époux, la conduit au sommet et la ramène à la grotte. Elle est enivrée de délices , et chaque jour Jésus partage son repas.
blessure d'amour qui te lie et t'enchaîne à Jésus! Embrasse celui qui a rendu la paix à ton âme! Que ton cœur, que chacune de tes artères crient sans cesse : <c Amour, amour, amour! »
C'est vous, Jésus, qui l'avez afiranchie de cette terre. Maintenant, tout embrasée elle s'élève en haut comme sur des ailes légères. L'amour qui la transporte ainsi, c'est la flamme du ciel qui Ta pénétrée; elle s'enivre d'un bien dont jamais Athènes n'eut l'intelligence.
BE JÉRÔMB SAVONAROLE 177
Symboliime et office de la Croix.
Dichiarazione del Misterio délia Croce, S. L. A. et n. T. in-4o. Réimprimé à Venise, 1538. {Molli devotissimi Traltatelli, etc., page 63.)
Les enfants de Florence s'étaient réformés et organisés sous la direction du P. Dominique de Pescia, Pami de Savonarole. Enhardis par le succès de la procession faite le jour du carnaval (1496), ils résolurent d'en faire une autre, encore une plus solennelle et plus magnifique, le dimanche des Rameaux. Ils y assistèrent, en effet, au nombre de huit mille environ, tous vêtus de blanc et tenant à la main une petite croix rouge, avec un rameau d'olivier. « Ce a jour, dit un chroniqueur contemporain , fut un jour vraiment « admirable... Le peuple entier sembla devenir fou d'amour pour « Jésus-Christ, et Florence, au sein d'une si grande fête, parut « être une nouvelle Jérusalem. » Les Piagnoni aimèrent dès lors à porter en main ou sur la poitrine de petites croix. Savonarole s'empressa de leur en expliquer le symbolisme, et composa un petit office qu'il appela la sagesse et le bouclier de la Croix.
La croix du Christ est la sagesse et le bouclier des chrétiens. Nous allons en donner ici la description afin d'en faciliter rintelligence à ses dévots, qui aimant, surtout en ce temps , à la porter en main ou sur la poitrine, doivent apprendre à la porter bien plus encore dans leur cœur.
aSUVRBS SPIRITUELLES