‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 42 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

souffrir : il boira le fiel et le vinaigre ; il entendra les blasphèmes de ses ennemis ; il verra deux voleurs souffrir à ses côtés , ses habits être partagés sous ses yeux, ses amis pleurer sa perte. Un holocauste doit consumer toute la victime.

Epuisé donc de forces , et après avoir succombé plus d'une fois sous le poids énorme de sa croix , il arrive au Calvaire. Là , on le dépouille , on l'étend sur l'instrument de son supplice ; quatre soldats lui percent avec de gros clous , les pieds et les mains ; on élève la croix avec rudesse ; les prophéties achèvent de s'accomplir : Ils m'ont percé les pieds et les mains ; ils m'ont donné du fiel pour nourriture , et du vinaigre pour étancher ma soif (1). L'horrible situation pour un homme vivant ! S'il fait un effort pour se soutenir , tout porte sur les plaies des pieds; tout sur celle des mains, s'il s'abandonne à son propre poids. S'il lève la tète , les épines s'y enfoncen plus avant ; s'il la laisse aller , le corps en devient plus pesant.

Voilà donc , entre le ciel et la terre , le médiateur de Dieu , l'Homme-Dieu ; voilà le grand-prêtre attendu depuis tant de siècles , qui , dans le jour de la colère , s'est fait notre réconciliation. Voilà celui qui , dans le temps de sa chair mortelle , ayant offert ses vœux et ses supplications accompagnés de grands cris et de larmes , à celui qui pouvait le sauver de la mort, fut exaucé pour le respect qui lui est dû (2)

Mon amour est donc attaché à la croix (3) ; vou-

(i) Fodevunt manus meas et pedes meos ; dinumeraverunt omnia ossa mea. Ps. aï, 18 ... Dederunt in escam meam fel , et in Uti med potaverunt me aceto. Ps. 68, 22.

{2) Heb. 5, Jt— -(3) Amor meus crucifixus est.

drais-je porter mes vœux ailleurs, voudrais-je descendre de la croix , et le pourrais -je , tandis qu'il y demeurera (1)?

Liens sacrés delà religion, qui me tenez attaché; régies, vœux, assujettissement, que je vous respecte et que je vous chéris ! vous avez le pouvoir de me rendre semblable à mon maitre sur la croix.

Comme lui , je serai insensible à tout ce qui me dirait de me relâcher. A ma persévérance, le ciel et là terre connaîtront que je suis véritablement enfant de Dieu.

Soleil, cachez votre lumière ; je me condamne à ne plus rien voir sur la terre, pourvu que je ne cesse jamais de voir Jésus-Christ. Mais , mon Dieu , que de résolutions inutiles, si je ne suis soutenu de votre grâce ! Ma confiance est dans votre promesse ; ce n est plus une simple prière que je vous fais , c'est votre parole dont je vous somme ; vous l'avez dit : Lorsque je serai élevé de terre , j'attirerai toutes choses à moi (2). Suis -je plus immobile que les pierres que vous ébranlez? plus mort que les morts que vous ressuscitez ? plus dur que les Juifs que vous convertissez ?

Que je meure avec vous, Seigneur , ou que tout meure pour moi , hormis vous ! que je vive, s'il le faut , mais non plus moi-même ; que ce soit vous qui viviez en moi (3).

(i) Christo confixus sum Cruci. Gai. i} 19. (2) Siexaltatusjuero à terra, omnia traham ad meipsum. Joan. 12, ii.

(3' Vivam ego.ja!,: io,i ego ; ytyià vert in me Jul>lu>.

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