NEUVIÈME RÈGLE
TEXTE
Il y a trois causes principales dans la désolation: l'une est notre tiédeur et notre paresse dans les exercices de piété , qui mérite que Dieu nous prive de ses consolations ; l'autre est le dessein que Dieu a d'éprouver , comme on vient de le dire , si , sans douceur sensible et sans aucune récompense présente , nous avons assez de courage pour l'aimer et le servir ; la dernière est pour nous convaincre qu'il n'est point en notre pouvoir, et que c'est une chose bien au-dessus de nos forces, d'acquérir ou de conserver la ferveur de la dévotion , l'ardeur du saint amour , l'abondance des larmes , et généralement toute autre consolation intérieure ; et , pour nous apprendre à ne douter jamais que ce ne soient là des dons tout gratuits , qu'on ne pourrait s'approprier sans tomber , avec danger de son salut , dans un criminel orgueil , ou dans une complaisance vaine et ridicule.
NOTE
Dans la règle sixième , où l'on dit qu'au temps de la désolation il faut s'examiner, cum discussione sut : s'examiner signifie voir ce qui peut avoir causé
la désolation : si elle vient ou, de punition, ou (répreuve , ou de dessein qu'ait Dieu de nous instruire ou de nous rendre humbles ; car le remède du mal dépend de la connaissance de la cause. Le remède à la désolation de punition , c'est de se punir soimême, doublant et triplant, comme nous le disions ailleurs , ce que Ton a omis par infidélité et par lâcheté. Le remède à la désolation d'épreuve est assez expliqué dans la règle précédente. Le remède à la désolation d'instruction , est de profiter de ses expériences mêmes. Peut-on compter sur ses forces et sur sa bonne volonté , après s'être vu si souvent sur le bord du précipice et aux portes du désespoir P
Mais il faut que Dieu soit bien ennemi de l'orgueil et de la vaine complaisance , puisqu'il nous instruit , pour ainsi dire , comme à ses propres dépens , et qu'il semble aimer mieux être mal servi avec humilité, qu'être bien servi avec présomption-