‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 120 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

la conclusion à toutes choses ; vous verrez si Dieu est juste et libéral , s'il sait récompenser et traiter chacun selon ses mérites. Mais votre frère était perdu , et le voilà retrouvé. Joignez-vous donc plutôt à nous ; le retour de votre frère ne vous nuira point : ayez-en aussi de la joie7 pour le plaisir que j'en ressens : ce sera une nouvelle marque de votre amour pour moi , que je n'oublierai pas , et qui aura encore son mérite et sa récompense.

Conclusion générale.

Novatien disait : Cette parabole ne représente que l'entrée du Gentil à la foi , et la pénitence qui se fait au baptême. Non , répondait l'Eglise , elle représente la conversion même du chrétien pécheur.

Cependant , considérons aussi que le prodigue n'est point retourné à son désordre. Revenu la troisième , la vingtième , la trentième fois , eût - il été reçu avec le même accueil ? Grand sujet d'en douter : il est très - probable et plus probable que non (1).

(i) On a proposé très-sérieusement une difficulté contre cette réflexion. iN'est-ce pas , dit - on , donner des bornes à la bonté de Dieu , par une dureté excessive , par un rigorisme outré ?

Avant que de répondre directement . je demande si ce serait un grand mal , quand le P. Judde aurait fait sentir le danger où sont ces pécheurs qui, comptant sur la miséricorde de Dieu . insultent à sa justice, sont méchans parce qu'il est bon, se rassurent sur l'exemple du prodigue, s'endurcissent dans le péché , et s'endormait du sommeil de la mort , pour ne se réveiller que dans l'enfer ?

Mais il est encore aisé de montrer que le P. Judde ne dit rien qui puisse donner le plus léger fondement à la critique.

Pour rendre plus sensible ma réponse, mettons en parabole sa proposition. Supposons que le prodigue , six mois après sa réconciliation , quitte son père une seconde fois. Alors . mêmes débau-

Gardons - nous donc de nous prévaloir trop de son exemple ; jamais la pénitence n'est impossible absolument ; mais certainement, plus on est retombé , plus elle est incertaine , plus elle est difficile.

Mais, en supposant même la rémission du péché, nous sommes toujours obligés de mener une vie pénitente ; et les personnes qui s'imaginent qu'à la faveur d'une indulgence elles pourront se dispenser de faire pénitence , s'abusent étrangement. La lecture de la vie des saints les détrompera , ainsi que la méditation suivante.

ches. même repentir, même réception ; grande joie à la maison ; on tue le veau gras , on appelle des musiciens , etc. Un an après , le libertinage recommence ; le 1 bit in se repent , et vient trouver son père. Le père fera - t - il encore tuer le \eau gras . appeler le» musiciens? Pourquoi non. dira quelque bonne ame?.... à la bonne heure. ÎUais le prodigue fait la même chose une quatrième , une cinquième fois, et jusqu'à vingt fois. Je demande à tout père de famille, à tout homme sensé . s'il ne dira pas au moins à son fils : Mon fils , vous abusez de ma bonté , je vous reçois chez moi , nuiis je ne veux vous voir que quand je serai bien assuré de votre bonne conduite. Je crois qu'il n'est personne qui ne trouvât trop douce cette manière de punir. Mais . après tout , quelque douce qu'elle soit , on ne parle ni de veau gras , ni de musiciens ( voyez page 234 de ce volume); ce n'est donc plus le même accueil que la première fois, et le P. Judde a raison. Oh! dit -on, Dieu pardonne toujours aux pécheurs . et l'on ne doit pas dire le contraire. Te réponds (pie ce n'est pas là la question : il ne s'agit point du pardon, mars de l'accueil , qui n'est pas le même la vingtième fois que la première. ( Xote du Fr cditeui . »

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