‹ Œuvres spirituellesChapitre 2 sur 75 · TOLÈDE A AVILA, IL LUI PRETE SON CONCOURS · texte numérisé non relu

TOLÈDE A AVILA, IL LUI PRETE SON CONCOURS

ET LE MONASTÈRE DE SAINT JOSEPH, BERCEAU DE L\ RÉFORME DU CARMEL, EST FONDE.

Avant la fondation du monastère de Saint- Joseph d'Avila, tandis que j'étais à Tolède chez Louise de la Gerda, sœur du duc de Medina- Gœli, cette dame désira voir le saint religieux, Pierre d'Alcantara, qu'elle n'avait jamais vu. Je lui écrivis pour le prier de venir passer quelques ours chez elle; il voulut bien se rendre à ma prière. Cet homme de Dieu avait un grand amour pour la pauvreté; 'il l'avait religieusement pratiquée durant plusieurs années, et il en comprenait les richesses : ainsi, non-seulement il approuva mon dessein de fonder le monastère de Saint-Joseph sans revenus, mais il m'ordonna

de travailler de tout mon pouvoir à le faire réussir. Regardant comme le plus sûr le conseil d'un Saint instruit à l'école d'une si longue expérience, je résolus de le suivre, sans plus consulter personne.

Quelque temps après, je quittai Tolède pour me rendre à Avila. Le soir même de mon arrivée à Avila, nous reçûmes les dépêches de Rome et le bref pour l'établissement de notre monastère. Ma surprise fut grande, et ceux qui savaient de quelle manière Notre-Seigneur m'avait pressée de revenir, ne furent pas moins étonnés, quand ils virent combien ma présence était nécessaire, et dans quelle favorable conjoncture le divin Maître me ramenait. Je trouvai dans la ville l'évéque, le vénérable Pierre d'Alcantara, et le vertueux gentilhomme qui le logeait chez lui ; les serviteurs de Dieu trouvant toujours dans sa maison asile et bon accueil. Ils s'employèrent tous deux auprès de l'évéque, pour l'engager à prendre sous sa juridiction le nouveau monas-

tère. Comme il devait être fondé sans revenus, la faveur demandée au prélat n'était pas petite ; mais il était si affectionné aux personnes en qui il voyait une ferme résolution de servir Dieu, qu'il accorda la demande, et nous protégea dès lors avec tout le dévouement et l'amour d'un père. Ce fut, je dois le dire, le bienheureux Pierre d'Mcantara qui fit véritablement tout, soit en approuvant notre entreprise, soit en nous ménageant la faveur de plusieurs personnes. Si, comme je l'ai dit, je n'étais pas arrivée dans un moment si favorable, je ne vois pas comment notre dessein eût pu réussir. En effet, le saint vieillard ne passa ici que huit jours tout au plus, durant lesquels il fut fort malade, et Dieu l'appela à lui très-peu de temps après. Il semble que sa divine Majesté n'avait prolongé sa vie que pour conduire à terme cette entreprise; car, depuis plus de deux ans, si mon souvenir est fidèle, ses forces étaient entièrement épuisées.

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