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désiré et si attendu ! On dit que ceux qui reviennent des extrémités de l'Orient se trouvent bien payés de tous les ennuis de la navigation par la joie qu'ils éprouvent le jour où ils foulent le solde leur chère patrie. Si, après la traversée, après un ou deux ans d'exil, l'aspect de la patrie cause tant de bonheur, quel torrent d'allégresse ne dut pas inonder les habitants des limbes, le jour 011, après trois ou quatre mille ans d'exil, ils voyaient briller la bannière de la délivrance, et touchaient au port dans la terre des vivants ! Considérez ensuite la joie dont le cœur de la très-sainte Vierge tressaille en ce jour, à la vue de son Fils ressuscité : de même que c'est elle qui, sans nul doute, a le plus ressenti les douleurs de sa passion; de même aussi c'est elle qui participe le plus à l'allégresse de sa résurrection. Que se passe-t-il dans son cœur, quand elle voit devant elle son Fils vivant, resplendissant de gloire, accompagné de tous ces justes qui ressuscitèrent avec lui? Que fait- elle? que dit-elle? avec quel élan d'amour elle se jette dans les bras de ce Fils bien-aimé ! avec quelle tendresse de m.ère elle l'embrasse! de quelles larmes de bonheur ses yeux l'inondent! Oh! comme elle
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voudrait ne plus se se'parer de lui, si cette grâce lui était accordée!
Après l'allégresse de la divine Vierge, considérez ce le de ces saintes Maries, et en particulier l'allégresse de cette Marie qui persévérait à pleurer près du sépulcre, attendant le moment ■où elle verrait le Bien-Aimé de son âme, et se jetterait à ses pieds. Quel moment pour elle, Nquand tout à coup elle voit ressuscité et vivant ■Celui qu'elle cherchait et qu'elle désirait si ardemment de voir, ne serait-ce que mort ! Pesez •ceci bien attentivement : après la divine Mère, •c'est à Marie-Magdeleine que Notre-Seigneur se montre d'abord, c'est-à-dire à celle qui l'aima ie plus, qui persévéra le plus, qui pleura le plus, qui le chercha avec le plus de sollicitude. Cette ■conduite du divin Sauveur vous apprend que si vous cherchez votre Dieu avec ces mêmes larmes ■et ces mêmes sollicitudes, vous le trouverez, vous aussi.
Considérez comment il apparut sous la forme d'un voyageur aux disciples qui allaient à Emraaûs; remarquez avec quelle affabilité il leur parle, avec quelle familiarité il les accompagne, avec quelle douceur il se cache, et ensuite avec
quel amour il se fait connaître; enfin comment il laisse ces heureux disciples ravis de sa présence, et le cœur inondé de joie. Comme eux^ entretenez-vous avec douleur et un vif sentiment de compassion des souffrances et des travaux de Jésus-Christ, et tenez pour certain qu'en gardant fidèlement ce souvenir , vous aurez le bonheur de jouir de la présence et de la compagnie de ce bon Maître.
Quant au mystère de l'ascension, considérez d'abord comment Notre-Seigneur différa de remonter à la droite de son Père, l'espace de quarante jours, pendant lesquels il apparaît à différentes reprises à ses disciples, les instruisant et parlant avec eux du royaume de Dieu. Ce bon Maître ne voulut monter au ciel ni se séparer de ses chers disciples qu'après les avoir rendus capables de s'élever en esprit avec lui et de !e suivre par le cœur, jusqu'au séjour de sa gloire. Vous apprendrez par là que la présence corpo^ relie de Jésus-Christ, c'est-à-dire la douceur sensible de la consolation, abandonne très-souvent ceux qui ont assez de force pour prendre leur vol en esprit jusqu'aux régions élevées, et s'y maintenir plus à l'abri du danger. C'est en
cela que resplendit merveilleusement la providence de Dieu, et la manière dont il traite les siens en divers temps. Il accorde des douceurs aux faibles, et il exerce les forts ; il donne du lait aux tout petits, et il sèvre les grands ; il console les uns, et il éprouve les autres; il traite chacun suivant le degré de vertu où il est arrivé. C'est pourquoi celui qui reçoit des douceurs n'a point à s'enorgueillir, puisque ces douceurs sont une preuve de sa faiblesse ; et celui qui est désolé ne doit point perdre courage, puisque ces désolations sont très-souvent l'indice de la force.
Notre-Seigneur monta au ciel en présence de ses disciples et sous leurs yeux, parce qu'ils devaient être témoins de ces mystères ; et nul n'est meilleur témoin des œuvres de Dieu que celui qui les connaît par expérience. Si vous voulez véritablement savoir combien Dieu est bon, combien il est doux et suave envers les siens, combien grande est la puissance et l'efficacité de sa grâce, de son amour, de sa providence et de ses consolations, demandez-le à ceux qui en ont fait l'épreuve; c'est à eux qu'il appartient d'en rendre témoignage. Le divin Maître voulut
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aussi que ses disciples le vissent monter au ciel, afin qu'ils le suivissent de leurs regards et de leurs cœurs, qu'ils fussent sensibles à son départ, qu'ils se trouvassent, par son absence, dans une cruelle solitude, parce que c'était là la meilleure disposition pour recevoir sa grâce. Elisée demanda à Élie son esprit : le bon maître lui fit cette réponse :« Si tu me vois quand je « prendrai mon essor en me séparant de toi, c'est (c la preuve que ta demande est accordée (i). » Disons-le donc, les vrais héritiers de l'esprit de Jésus-Christ seront ceux que leur amour pour ce divin Maitre rendra sensibles à son départ, et qui, inconsolables de son absence, ne cesseront, tant qu'ils seront dans cet exil, de soupirer après sa présence. Tels étaient les sentiments de ce saint homme qui disait : a Tu nous as quittés, ô tendre consolateur, et tu ne m'as pas dit un dernier adieu ; en suivant cette route lumineuse qui te conduisait à la patrie, tu as béni les tiens, et moi je ne l'ai point vu ; les anges promirent que tu reviendrais, et moi je ne l'ai point entendu ! » etc .
'^i) Si videris me, quando tollar a te, erit tibi quod petisti.(IV. Reo., Il, lo.'i
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Mais quelles paroles pourraient peindre la solitude, la douleur, les soupirs, les larmes de la très-sainte Vierge , du disciple bien-aimé , de sainte Magdeleine, et de tous les apôtres, quand ils virent s'élever dans les airs et disparaître à leurs yeux Celui qui emportait leurs cœurs si bien ravis par son amour! Il est dit cependant qu'ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie, tant ils aimaient cet adorable Maître. Ce même amour qui leur faisait si cruellement sentir son départ, les inondait de joie à la pensée de sa gloire, parce que le véritable amour ne se cherche point lui-même, mais uniquement son Bien-Aimé.
Il reste à considérer avec quelle gloire, quelle allégresse, quels accents, quelles louanges, ce divin triomphateur dut être reçu dans la Cité souveraine. Quelle fête! quel accueil ! quel spectacle ! Les hommes, ne faisant qu'un avec les anges, s'avançant dans cette noble cité, et allant peupler ces places désertes depuis tant d'années; et cette humanité très-sainte du Christ, s'élevant au-dessus des hommes comme au-dessus des anges, et allant s'asseoir à la droite du Père! Tout mérite ici les plus profondes réflexions ;
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on voit le prix et la couronne des soutïrances endurées pour Tamour de Dieu ; on voit comment Celui qui s'est plus anéanti et qui a plus souffert que toutes les créatures, est maintenant exalté et infiniment élevé au-dessus d'elles. Par là, les amateurs de la véritable gloire apprennent quel chemin ils doivent suivre pour l'obtenir : ce chemin, c'est de descendre pour monter, c'est de se mettre au-dessous de tous pour être élevé au-dessus de tous.