DEUXIÈME AVIS
Remède contre les pensées importunes, la constance à les combattre courageusement et l'humilité devant
Dieu.
Le remède contre les tentations des pensées
importunes qui ont coutume de nous assaillir
dans l'oraison, est de les combattre avec courage
I go TRAITÉ DE LA DEVOTION.
et avec persévérance. Toutefois cette résistance ne doit pas se faire avec trop de fatigue et d'angoisse d'esprit, parce que ce n'est pas tant une œuvre de la force que de la grâce et de l'humilité. C'est pourquoi, lorsque quelqu'un se trouve dans cet état, attendu qu'en cela il n'y a point de sa faute, ou qu'elle est très-légère, il doit sans scrupule et sans abattement se tourner vers Dieu, et lui dire en toute humilité et dévotion : « Vous voyez ici, ô Seigneur de mon âme, ce que je suis. Que pouvait-on attendre de ce fumier, sinon de semblables odeurs? Que pouvaiton espérer de cette terre que vous avez maudite, sinon des ronces et des épines? Voilà, Seigneur, le fruit qu'elle peut produire, si vous n'avez la bonté de la puritier. » Et cela dit, qu'il reprenne le fil de son oraison comme auparavant, et qu'il attende avec patience la visite du Seigneur, qui jamais ne manque aux humbles. Si cependant les pensées continuent de vous inquiéter, et si de votre côté vous leur résistez avec persévérance, faisant ce qui dépend de vous, vous devez tenir pour certain que vous avancez beaucoup plus par cette résistance, que si vous étiez à jouir de Dieu, le cœur tout inondé de délices,
CHAP. iV. TENTATIONS ET REMEDES. 1 Q I
TROISIEME AVIS Remède contre les tentations de blasphème.
Pour vous délivrer des tentations de blasphème, vous devez savoir que s'il n'en est point qui donnent plus de peine, de même il n'en est point qui offrent moins de danger. Ainsi, le remède contre ces tentations, c'est de n'en point faire de cas, attendu que le péché n'est pas dans le sentiment, mais dans le consentement et dans le plaisir; et quant au plaisir, loin de se rencontrer ici; c'est plutôt le contraire. Ainsi cela peut plutôt s'appeler peine que faute, parce qu'autant l'homme est éloigné de recevoir du plaisir de ces tentations, autant est-il éloigné de commettre de faute, quand elles arrivent. Cest pourquoi le meilleur remède, comme je l'ai dit, est de les mépriser et de ne pas les craindre. Car quand on les craint avec excès, la seule crainte les réveille et les soulève.
QUATRIÈME AVIS Remède contre les tentations d'infidélité.
Pour vaincre les tentations d'infidélité, que l'homme, se souvenant d'un côté de sa petitesse, et de l'autre de la grandeur de Dieu, s'occupe de ce que Dieu lui commande, et n'ait pas la curiosité d'approfondir ses œuvres , puisque nous voyons que la plupart d'entre elles surpassent infiniment tout ce que nous pouvons comprendre. Ainsi donc, celui qui a dessein d'entrer dans ce sanctuaire des oeuvres divines, doit le faire avec beaucoup d'humilité et de respect ; il doit le regarder avec des yeux simples, comme ceux d'une colombe, et non pas avec ceux d'un serpent plein de malice, avec le cœur d'un disciple, et non pas d'un juge téméraire. Qu'il se fasse petit enfant, parce que c'est à ceux qui sont tels que Dieu enseigne ses secrets. Q.u'il ne se mette point en peine de savoir le pourquoi des œuvres divines; qu'il ferme l'œil de la raison, et qu'il ouvre seulement celui de la foi, parce
CHAP. IV. TFNTATIONS ET REMEDES. IÇ-»
qu'il est rinstrument avec lequel se doivent mesurer les œuvres de Dieu. Pour examiner les œuvres humaines, l'œil de la raison humaine est excellent; mais pour examiner les œuvres divines , il n'v a rien de plus disproportionné que lui.
Mais parce que d'ordinaire cette tentation est pour l'homme un très-grand sujet de peine, le remède est celui que nous avons indiqué pour la tentation de blasphème, c'est-à-dire qu'il ne faut point en faire cas, et qu'il faut plutôt considérer cela comme une peine que comme une faute, attendu qu'il ne peut y avoir de faute en une chose que la volonté combat, ainsi que nous l'avons expliqué dans l'avis précédent.
CINQUIEME AVIS Remède contre la tentation d'une crainte désordonnée.
Il est quelques personnes qui sont saisies de grandes frayeurs quand, la nuit, elles s'éloignent des autres pour prier. Le remède contre cette tentation, c'est de se faire violence et de persévérer
dans ce saint exercice. Caria crainte s'augmente en fuyant, et le courage en combattant. Il est encore utile de considérer que ni le démon, ni aucune autre chose , quelle qu'elle soit, ne peuvent nous nuire sans la permission de Notre- Seigneur. Une autre considération également propre à dissiper ces frayeurs, c'est de penser que nous avons un ange gardien à côté de nous, et que dans l'oraison, il est plus près de nous que partout ailleurs : car il s'y trouve présent pour nous aider, pour porter nos prières au ciel, pour nous défendre contre l'ennemi et l'empêcher de nous faire du mal.
SIXIEME AVIS Remède contre la tentation du sommeil.
Le remède contre le sommeil excessif est de considérer que quelquefois il provient de la nécessité, et en ce cas, il ne faut point refuser au corps ce qui lui est nécessaire, afin qu'il laisse à l'âme la liberté d'agir. D'autres fois il vient de quelque infirmité; et alors nous ne devons pas
CHAP. IV. TENTATTONS IT REMÈDES. l()D
nous en affliger, puisqu'il n'y a pas de notre iaute. Nous ne devons pas non plus céder entièrement, mais faire bonnement de notre côté tout ce qui sera en notre pouvoir, afin de ne pas perdre entièrement l'oraison, sans laquelle nous n'avons ni assurance ni véritable joie en cette vie.
D'autres fois, le sommeil vient de la paresse et du démon qui l'excite. En ces cas, le remède est le jeûne, de ne pas boire de vin, de boire de l'eau pure, de se tenir à genoux, ou debout, ou les bras en croix, et sans être appuyé, de prendre quelque discipline , ou de pratiquer quelque autre pénitence qui réveille et qui mortifie la chair. Enfin, l'unique et général remède pour ce mal comme pour tous les autres, est de le demander à Celui qui est toujours disposé adonner, dès qu'il rencontre des cœurs qui ne se lassent pas de prier.
SEPTIEME AVIS
Remède contre les tentations de défiance et de présomption ,
Pour surmonter les tentations de défiance et de présomption, qui sont des vices contraires, il faut de toute nécessité employer des remèdes différents. Pour la défiance, le remède est de considérer que, dans l'affaire de la perfection chrétienne, le succès ne dépend pas seulement de nos efforts, mais encore de la grâce divine, laquelle s'obtient d'autant plus vite que l'homme se défie plus de sa propre vertu, et se confie davantage en la seule bonté de Dieu, à qui tout est possible.
Quant à la présomption, le remède est de considérer qu'il n'y a point d'indice plus clair que l'homme est. éloigné du terme, que de s'en croire très-proche, parce que, dans le chemin de. la vie spirituelle, ceux qui découvrent plus de. terre, sont ceux qui se hâtent davantage, excités qu'ils sont par la vue du grand espace qui leur reste à parcourir. Pour cette raison, ils ne font