CHAP. V. — AVIS AUX PERSONNES D ORAISON
« que de commencer, veut être prudent, et qui, (■ étant encore nouveau et tout jeune, commence a à se traiter et à se soigner comme un vieila lard. » Il n'est pas facile de juger laquelle de ces deux extrémités est la plus dangereuse. Ce qui est vrai, comme le dit très-bien Gerson, c'est que l'indiscrétion est plus incurable, parce que tant que le corps est sain, il y a espérance qu'on pourra apporter remède au mal; mais lorsqu'il est déjà ruiné par l'indiscrétion, il est bien malaisé de trouver un remède.
SEPTIEME AVIS
Qu'avec l'oraison, nous devons faire marcher de front la pratique des vertus.
Il y a encore un autre danger dans le chemin de la vie spirituelle, et plus grand peut-être que tous ceux dont j'ai parlé jusqu'ici. Je m'explique. Bien des personnes ayant diverses fois expérimenté la vertu inestimable de Toraison, et vu par expérience comment tout le concert de la vie spirituelle dépend d'elle, se figurent qu'elle seule est tout, et qu'elle seule suffit pour
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les mettre en sûreté ; et ainsi elles viennent à oublier la pratique des autres vertus, et à se relâcher en tout le reste. Il arrive de là que comme toutes les autres vertus concourent à affermir cette vertu, dès que le fondement croule, tout réditice vient à tomber aussi ; et ainsi, plus l'homme s'efforce d'acquérir cette vertu, moins il y peut réussir.
C'est pourquoi le serviteur de Dieu ne doit point fixer ses regards sur une vertu seule, quelque grande qu'elle soit, mais sur toutes les vertus. Car, comme dans un luth une seule corde, sans le concours de toutes les autres, ne fait point d'harmonie ; ainsi, une seule vertu, sans le concours de toutes les autres, ne suffit point pour faire cette consonnance spirituelle . Et comme dans une horloge, s'il y a un seul ressort qui soit embarrassé, tout le reste s'arrête ; ainsi en arrive- t-il dans l'horloge de la vie spirituelle, si une seule vertu vient à manquer.
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