ACTE II, SCÈNE XIX
LA comtesse. — ... Qui l'a remis à Bazile.
le comte. — Qui m'a dit le tenir d'un paysan. 0 perfide chanteur! ame à deux tranchants! c'est toi qui paieras pour tout le monde.
la comtesse. — Vous demandez pour vous un pardon que vous refusez aux autres. Voilà bien les hommes ! Ah ! si jamais je consentais à pardonner en faveur de l'erreur où vous a jeté ce billet, j'exigeràis que l'amnistie fût générales
le comte. — Eh bien, de tout mon cœur, comtesse. Mais comment réparer une faute aussi humiliante?
LA comtesse, se lève. —Elle l'était pour tous deux.
le comte. — Ah! dites pour moi seul. — Mais je suis encore à concevoir comment les femmes prennent si vite et si juste l'air et le ton des circonstances. Vous rougissiez, vous pleuriez, votre visage était défait... D'honneur, il l'est encore.
la comtesse, s'efforçant de sourire. — Je rougissais... du ressentiment de vos soupçons. Mais les hommes sont-ils assez délicats pour distinguer l'indignation d'une âme honnête outragée d'avec la confusion qui naît d'une accusation méritée?
le comte, souriant. — Et ce page en désordre, en veste et presque nu...
LA COMTESSE, montrant Suzanne. — VOUS le voyez devant VOUS.
N'aimez-vous pas mieux l'avoir trouvé que l'autre? En général, vous ne haïssez pas de rencontrer celui-ci.
le comte, riant plus fort. — Et ces prières, ces larmes feintes...
la comtesse. — Vous me faites rire, et j'en ai peu d'envie.
le comte. — Nous croyons valoir quelque chose en politique, et nous ne sommes que des enfants. C'est vous, c'est vous, madame, que le roi devrait envoyer en ambassade à Londres! Il faut que votre sexe ait fait une étude bien réfléchie de l'art de se composer pour réussir à ce point !
la comtesse. — C'est toujours vous qui nous y forcez.
SUZANNE. — Laissez-nous prisonniers sur parole, et vous verrez si nous sommes gens d'honneur.
la comtesse. - Brisons là, monsieur le comte. J'ai peut-être été trop loin; mais mon indulgence, en un cas aussi grave, doit au moins m'obtenir la vôtre.
le comte. — Mais vous répéterez que vous me pardonnez.
la comtesse. — Est-ce que je l'ai dit, Suzon?
Suzanne. — Je ne l'ai pas entendu, madame.
le comte. — Eh bien! que ce mot vous échappe.
la comtesse. — Le méritez-vous donc, ingrat?
le comte. — Oui, par mon repentir.
Suzanne. — Soupçonner un homme dans le cabinet de madame t
i«e comte. — Elle m'en a si sévèrement punil
Suzanne. — Ne pas s'en fier à elle, quand elle dit que c'est sa carriériste !
le comte. — Rosine, êtes-vôus donc implacable?
la comtesse —Ah! Suzon, que je suis faible! quel exemple je te donne! (Tendant la main au comte.) On ne croira plus à lu colère des femmes.
Suzanne. — Bon! madame, avec eux, ne faut-il pas toujours en
Venir là? (Le comte baise ardemment la main de sa femme.)