‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 170 sur 317 · SCÈNE XXI. — FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE, ANTONIO · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI. — FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE, ANTONIO

ANTONIO, demi-gris, tenant un pot de giroflées écrasées. — Monseigneur 1

monseigneur!

le comte. — Que me veux-tu, Antonio?

antonio. — Faites donc une fois griller les croisées qui donnent sur mes couches. On jette toutes sortes de choses par ces fenêtres; et tout à l'heure encore on vient d'en jeter un homme.

le comte. — Par ces fenêtres?

antonjo. — Regardez comme on arrange mes giroflées!

Suzanne, bas à Figaro. — Alerte, Figaro, alerte!

figaro. — Monseigneur, il est gris dès le mâtin.

antonio. — Vous n'y êtes pas. C'est un petit reste d'hier. Voilà comme on fait des jugements... ténébreux.

le comte, avec feu. — Cet homme! cet homme! où est-il?

antonio. — Où il est?

LE COMTE. — Oui.

antonio. — C'est ce que je dis. Il faut mêle trouver déjà. Je suif votre domestique; il n'y a que moi qui prends soin de votr$ jardin; il y tombe un homme, et vous sentez... que ma réputation en est effleurée.

SUZANNE, bas h Fipraro. — Détourne, détourne.

FIGARO. — Tu boiras donc toujours?

antonio. — Et si je ne buvais pas, je deviendrais enragé.

la comtesse. — Mais en prendre ainsi sans besoin...

antonio. — Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes'.

le comte, vivement. — Réponds-moi donc, ou je vais te chasser.

antonio. — Est-ce que je m'en irais?

le comte. — Gomment donc?

antonio, se touchant le front. — Si vous n'avez pas assez de ça pour garder un bon domestique, je ne suis pas assez bête, moi, pour renvoyer un si bon maître.

le comte le secoue avec colère. — On a, dis-tu, jeté un homme par cette fenêtre?

antonio. — Oui, mon Excellence; tout à l'heure, en veste blanche, et qui s'est enfui, jarni, courant....

LE COMTE, impatienté. — Après?

antonio. — J'ai bien voulu courir après; mais je me suis donné contre la grille une si fière gourde à la main, que je ne peux plus remuer ni pied ni patte de ce doigt-là. (Leyant le doigt.)

le comte. — Au moins, tu reconnaîtrais l'homme?

antonio. — Oh que oui-dàl si je l'avais vu, pourtant 1

SUZANNE, bas à Figaro. — Il ne l'a pas VU.

figaro. — Voilà bien du train pour un pot de fleurs! combien te faut-il, pleurard! avec ta giroflée? Il est inutile de chercher, monseigneur, c'est moi qui ai sauté.

le comte. — Comment, c'est vous!

antonio. — Combien te faut-il, pleurard? Votre corps a donc bien grandi depuis ce temps-là? car je vous ai trouvé beaucoup plus moindre et plus fluet!

figaro. — Certainement; quand on saute, on se pelotonne...

antonio. — M'est avis que c'était plutôt... qui dirait, le gringalet de page.

le comte. — Chérubin, tu veux dire?

figaro. — Oui, revenu tout exprès avec son cheval, de la porte de Séville, où peut-être il est déjà.

antonio. — Oh! non, je ne dis pas ça! je ne dis pas ça! Je n'ai pas vu sauter de cheval, car je le dirais de même.

le comte. — Quelle patience !

figaro. — J'étais dans la chambre des femmes, en veste blanche :

il fait un chaud! J'attendais là ma Suzanette, quand j'ai ouï

tout à coup la voix de monseigneur et le grand bruit qui se faisait : je ne sais quelle crainte m'a saisi à l'occasion de ce billet; et s'il faut avouer ma bêtise, j'ai sauté sans réflexion sur les couches, où je me suis même un peu foulé le pied droit, (n frotte son pied.)

antonio. — Puisque c'est vous, il est juste de vous rendre ce brimborion de papier qui a coulé de votre veste en tombant.

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