‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 185 sur 317 · ACTE III, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE X

Suzanne. — Est-ce que les femmes de mon état ont des vapeurs, donc? C'est un mal de condition, qu'on ne prend que dans les boudoirs.

le comte. — Une fiancée bien éprise, et qui perd son futur...

suzanne. — En payant Marcelline avec la dot que vous m'avez promise...

le comte. Que je vous ai promise, moi?

suzanne, baissant les yeux. — Monseigneur, j'avais cru l'entendre.

le comte. — Oui, si vous consentiez à m'entendre vous-même.

suzanne, les yeux baissés. — Et n'est-ce pas mon devoir d'écouter Son Excellence?

le comte. — Pourquoi donc, cruelle fille, ne me l'avoir pas dit plus tôt?

suzanne. — Est-il jamais trop tard pour dire la vérité?

le comte. — Tu te rendrais sur la brune au jardin?

suzanne. — Est-ce que je ne m'y promène pas tous les soirs?

le comte. — Tu m'as traité ce matin si durement!

suzanne. — Ce matin? — et le page derrière le fauteuil.

le comte. — Elle a raison, je l'oubliais. Mais pourquoi ce refus obstiné, quand Bazile, de ma part?...

suzanne. — Quelle nécessité qu'un Bazile?...

le comte. — Elle a toujours raison. Cependant il y a un certain Figaro à qui je crains bien que vous n'ayez tout dit!

suzanne. — Dame ! oui, je lui dis tout — hors ce qu'il faut lui taire.

le comte, en riant. — Ah! charmante! Et, tu me le promets? Si tu manquais à ta parole... entendons-nous, mon cœur : point de dot, point de mariage.

suzanne, faisant la révérence. — Mais aussi, point de mariage, point de droit 'du seigneur, monseigneur.

le comte. — Où prend-elle ce qu'elle dit? d'honneur j'en raffolerai! Mais ta maîtresse attend le flacon...

SUZANNE, riant et rendant le flacon. — Aurais-je pu VOUS parler sans

un prétexte?

le comte veut l'embrasser. — Délicieuse créature ! suzanne s'échappe. — Voilà du monde.

LE COMTE, à part. — Elle est à moi. (Il s'enfuit.)

suzanne. — Allons vite rendre compte à madame.

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