‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 189 sur 317 · ACTE ÎIÎ, SCENE xv â · texte numérisé non relu

ACTE ÎIÎ, SCENE xv â

double -main écrit. — Contre anonyme Figaro. Qualités? figaro. — Gentilhomme.

LE COMTE. — VOUS êtes gentilhomme? (Le greffier écrit.)

figaro. — Si le ciel l'eût voulu, je serais fils d'un prince.

LE COMTE, au greffier. — Allez.

l'huissier, glapissant. — Silence ! messieurs.

double-main ut. — ...Pour cause d'opposition faite au mariage dudit Figaro, par ladite de Verte-Allure. Le docteur Bartholo plaidant pour la demanderesse, et ledit Figaro pour lui-même : si la cour le permet, contre le vœu de l'usage et la jurisprudence du

figaro. — L'usage, maître Double-main, est souvent un abus; le client un peu instruit sait toujours mieux sa cause que certains avocats qui, suant à froid, criant à tue-tête, et connaissant tout, hors le fait, s'embarrassent aussi peu de ruiner le plaideur qu«e l'auditoire et d'endormir messieurs; plus boùrsouffles

d'ennuyer l'auditoire et d'endormir messieurs; plus bôursoufflés après que s'ils eussent composé Yoratio pro Murena ; moi, je dirai le fait en peu de mots. Messieurs...

double-main. — En voilà beaucoup d'inutiles, car vous n'êtes pas demandeur, et n'avez que la défense : avancez, docteur, et lisez la promesse.

figaro. — Oui, promesse I

BARTHOLO, mettant ses lunettes. — Elle est précise.

brid'oison. — Il faut la voir.

double-main. — Silence donc, messieurs.

l'huissier, glapissant. — Silence !

bartholo, lit. — « Je soussigné, reconnais avoir reçu de damoiselle, etc., Marceline de Verte-Allure, dans le château d'Aguas- Frescas, la somme de deux mille piastres fortes cordonnées; laquelle somme je lui rendrai à sa réquisition, dans ce château, et je l'épouserai, par forme de reconnaissance, etc. » Signé : Figaro, tout court. Mes conclusions sont au payement du billet, et à l'exécution de la promesse, avec dépens, (n plaide.) Messieurs... jamais cause plus intéressante ne fut soumise au jugement de la Cour! et depuis Alexandre le Grand, qui promit mariage à la belle Thalestris. ..

le comte, interrompant. — Avant d'aller plus loin, avocat, convient-on de la validité du titre?

brid'oison, à Figaro. — Qu'oppo... qu'oppo-osez-vous à cette lecture?

figaro. — Qu'il y a, messieurs, malice, erreur, ou distraction dans la manière dont on a lu la pièce; car il n'est pas dit dans l'écrit : « Laquelle somme je lui rendrai et je l'épouserai; mais laquelle somme je lui rendrai ou je Fépouserai; » ce qui est bien Uilï'érent,

236 LÉ MARÎAGÉ DE FlGARd

LE Comté. — Y a-t-il ET dans l'acte, ou bien OU?

bartholo. — Il y a ET.

figaro. — Il y a OU.

brid'oison. — DoU-ouble-main, lisez-vous-même.

DOUBLE-MAIN, prenant le papier. — Et c'est le plus SÛr; CE.* oOUVent

les parties déguisent enlisant, (n ut.) E. e. e. e. « Damoselle e. e. e. de Verte-Allure e. e. e. Haï laquelle somme je lui rendrai à sa réquisition, dans ce château... ET... OU... ET... OU... » Le mot est si mal écrit... il y a un pâté.

brid'oison. — Un pâ-âté? je sais ce que c'est.

bartholo, plaidant. — Je soutiens, moi, que c'est la conjonction copulative ET qui lie les membres corrélatifs delà phrase; je payerai la demoiselle ET je l'épouserai.

figaro, plaidant. — Je soutiens, moi, que c'est la conjonction alternative OU, qui sépare lesdits membres; je payerai à la donzelle, OU je l'épouserai : à pédant, pédant et demi; qu'il s'avise de parler latin, j'y suis grec; je l'extermine.

le comte. — Comment juger pareille question?

bartholo. — Pour la trancher, messieurs, ei ne plus chicaner sur un mot, nous passons qu'il y ait OU.

figaro. — J'en demande acte.

bartholo. — Et nous y adhérons. Un si mauvais refuge ne sauvera pas le coupable : examinons le titre en ce sens, (n ut.) '< Laquelle somme je lui rendrai dans ce château où je l'épouserai ». C'est ainsi qu'on dirait, messieurs : « Vous vous ferez saigner dans ce lit où vous resterez chaudement, » c'est dans lequel. « Il prendra deux gros de rhubarbe où vous mêlerez un peu de tamarin ; » dans lesquels on mêlera. Ainsi : « château où je l'épouserai, » messieurs, « c'est château dans lequel... »

figaro. — Point du tout : la phrase est dans le sens de celle-ci : « Ou la maladie vous tuera, ou ce sera le médecin; » ou bien « le médecin ; » c'est incontestable. Autre exemple : « Ou vous n'écrirez rien qui plaise, ou les sots vous dénigreront », ou bien « les sots; » le sens est clair; car, audit cas, « sots ou méchants » sont le substantif qui gouverne. Maître Bartholo croit-il donc que j'aie oublié ma syntaxe"? Ainsi, je la paierai dans ce château, virgule; ou je l'épouserai...

bartholo, vite. — Sans virgule.

figaro, vite. — Elle y est. C'est, virgule, messieurs, ou bien je l'épouserai.

barthum), regardant le papier, vite. — Sans virgule, messieurs.

figaro, vite. — Elle y était, messieurs. D'ailleurs, l'homme qui épouse est-il tenu de rembourser?

bartholo, vite — Oui, nous nous marions séparés de biens.

Le mariage de figamO,

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