‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 27 sur 317 · SCÈNE IX. — LE BARON, MADAME MURER, EUGENIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX. — LE BARON, MADAME MURER, EUGENIE

le baron. — Eh bien! parce que je m'endors un moment en jasant avec vous...

Eugénie troublée. — Mon frère s'est battu.

le baron. — D'où savez-vous cela?

Eugénie. — C'est ce que mande sir Henri.

madame murer avec importance. — Et il a désarmé son homme ; si ce n'était pas son colonel...

le baron. — Son colonel tout comme un autre.

eugénœ. —Mon père, ma tante, occupons-nous tous des moyens de le sauver.

madame murer. — Où le prendre?

eugéme. — Mon cousin dit qu'il est à Londres.

madame murer. — Mais il ne sait pas que nous y sommes.

Eugénie baissant les yeux. — Milord Clarendon ne pourrait-il pas?...

MADAME MURER d'un air dédaigneux. — Le cher lord ! Ah! Oui. Si

monsieur lui fait la grâce d'accepter ses services.

le baron lui rendant son air. — Ma foi, ce serait ma dernière ressource. Donne-moi la lettre, Eugénie, (u Ht bas.) Diable! (n lit tout haut.) « Quand il ne réussirait pas à le perdre, avertissez sir Charles « d'être toujours sur ses gardes : le colonel a la réputation de se « défaire des gens par toutes sortes de voies. »... Bon! cela ne peut pas être; un officier...

madame murer. — Cet événement me ramène à ce que je vous disais tantôt, monsieur; si au lieu de destiner votre fille à un vieux militaire sans fortune, vous trouviez bon que Ton eût pour elle Hp«ï viiph nlim rplpvAf».<ï. I.fis nrr>t.f»r. lions aujourd'hui...

LE baron. — Nous y voilà encore. Ma sœur, une bonne fois pour

tites, afin de n'y jamais revenir : Vous aimez les lords, les gens à haut parage, et moi je les déteste. Ma fille m'est trop chère p ur la sacrifier à votre vanité et la rendre malheureuse.

madame murer. — Et pourquoi malheureuse?

le baron. — Est-ce que je ne connais pas vos petits grands seig eurs! Yoyez-les dans les unions même les plus égales pour la fortune. Une fille est mariée aujourd'hui, trahie demain, aban-r donnée dans quatre jours; l'infidélité, l'oubli, la galanterie ouverte, les excès les plus condamnables ne sont qu'un jeu pour aux. Bientôt le désordre de la conduite entraîne celui des affaires; les fortunes se dissipent, les terres s'engagent, se vendent; encore la perte des biens est-elle souvent le moindre des maux qu'ils font partager à leurs malheureuses compagnes.

madame murer. — Mais quel rapport ce tableau, faux ou vrai, a-t-il à l'objet que nous traitons? Vous faites le procès à la jeunesse, et nullement à la qualité; c'est dans cet état au contraire que les hommes ont le plus de ressources. S'ils se sont dérangés, un jour ils deviennent sages, et alors les grâces de la cour...

le baron. — Arrivent tout à point pour réparer leurs sottises, n'est-ce pas? Peut-on solliciter des récompenses quand on n'a rien fait pour son pays? Et quand le principe des demandes est aussi honteux, n'est-il pas absurde de faire fond d'avance sur des grâces qui peuvent être mille fois mieux appliquées? Mais je veux encore que son importunité les arraché ; eh bien î je lui préférerai toujours un brave officier qui les aura méritées sans les obtenir; et cet homme, c'est Gowerly. S'il ne tient rien des faveurs de la cour, il a l'estime de toute l'armée ; l'un vaut bien l'autre, je crois.

madame murer. — Mais, monsieur...

le baron impatient. — Mais, madame, si vous êtes éprise à ce 'point de vos lords, que n'en épousez-vous quelqu'un vous-même?

madame murer. — Vous mériteriez que je le fisse, et que je transportasse tous mes biens dans une famille étrangère.

le baron la saluant. — A votre aise, ma sœur. Pour mes enfants moins de fortune, moins d'extravagance, moins d'occasions de sottises.

Eugénie à part. — Toujours en querelle, que je suis malheureuse!

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