‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 281 sur 317 · SCÈNE IX. — LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX. — LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE

la comtesse à Léon. — Nous, mon fils, ne sachons jamais ce que nous devons ignorer. Tu pleures, Florestine!

florestine pleurant. — Ayez pitié de moi, madame! Et! comment soutenir autant d'assauts dans un seul jour? A peine j'apprends qui je suis, qu'il faut renoncer à moi-même, et me livrer... Je meurs de douleur et d'effroi. Dénuée d'objections contre M. Bégearss, je sens mon cœur à l'agonie en pensant qu'il peut devenir... Cependant il le faut; il faut me sacrifier au bien de ce frère chéri ; à son bonheur que je ne puis plus faire. Vous dites que je pleure! Ah! je fais plus pour lui que si je lui donnais ma vie! Maman, ayez pitié de nous! bénissez vos enfants! ils sont

bien malheureux! (Elle se jette à genoux; Léon en fait autant.)

LA COMTESSE leur imposant les mains. — Je VOUS bénis, mes chers

enfants. Ma Florestine, je t'adopte. Si tu savais à quel point tu m'es chère ! Tu seras heureuse, ma fille, et du bonheur de la vertu ; celui-là peut dédommager des autres. (Us se relèvent.)

florestine. — Mais croyez-vous, madame, que mon dévouement le ramène à Léon, à son fils? car il ne faut pas se flatter : son injuste prévention va quelquefois jusqu'à la haine.

la comtesse. — Chère fille, j'en ai l'espoir.

léon.. — C'est l'avis de M. Bégearss : il me l'a dit; mais il m'a dit aussi qu'il n'y a que maman qui puisse opérer ce miracle. Aurezvous donc la force de lui parler en ma faveur?

la comtesse. — Je l'ai tenté souvent, mon fils, mais sans aucun frdit apparent.

léon. — 0 ma digne mère ! c'est votre douceur qui m'a nui. La crainte de le contrarier vous a trop empêchée d'user de la juste influence que vous donnent votre vertu et le respect profond dont vous êtes entourée. Si vous lui parliez avec force, il ne vous résisterait pas.

la comtesse. — Vous le croyez, mon fils? Je vais l'essayer devant vous. Vos reproches m'affligent presque autant que son injustice. Mais, pour que vous ne gêniez point le bien que je dirai de vous, mettez-vous dans mon cabinet; vous m'entendrez de là plaider une

cause si juste : vous n'accuserez plus une mère de manquer d'énergie quand il faut défendre son fils I (Elle sonne.) Florestine, la décence ne te permet pas de rester : va t'enfermer, demande au ciel qu'il m'accorde quelque succès et rende enfin la paix à ma famille

désolée. (Florestine sort.)

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