‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 285 sur 317 · ACTE IV, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XIII

le comte impatient. — Non, j'entendrai debout; vous savez qu'en parlant je ne saurais tenir en place.

LA COMTESSE s'asseyant, avec un soupir, et parlant bas. — Il s'agît de mon

fils... monsieur.

le comte brusquement. — De votre fils, madame?

la comtesse. — Et quel autre intérêt pourrait vaincre ma répugnance à engager un entretien que vous ne recherchez jamais? Mais je viens de le voir dans un état à faire compassion : l'esprit troublé, le cœur serré de l'ordre que vous lui donnez de partir surle-champ ; surtout du ton de dureté qui accompagne cet exil. Eh ! comment a-t-il encouru la disgrâce d'un... d'un homme si juste? Depuis qu'un exécrable duel nous a ravi notre autre fils...

LE COMTE les mains sur le visage, avec un air de douleur. — Ah!...

la comtesse. — Celui-ci, qui jamais ne dut connaître le chagrin, a redoublé de soins et d'attentions pour adoucir l'amertume des nôtres !

LE COMTE se promenant doucement. — Ahî...

la comtesse — Le caractère emporté de son frère, son désordre, ses goûts et sa conduite déréglée nous en donnaient souvent de bien cruels. Le ciel sévère, mais sage en ses décrets, en nous privant de cet enfant, nous en a peut-être épargné de plus cuisants pour l'avenir.

LE COMTE avec douleur. — Àh!... ah I...

la comtesse. — Mais, enfin, celui qui nous reste a-t-il jamais manqué à ses devoirs? Jamais le plus léger reproche fut-il mérité de sa part? Exemple des hommes de son âge, il a l'estime universelle : il est aimé, recherché, consulté. Son. . . protecteur naturel, mon époux seul, paraît avoir les yeux fermé sur un mérite transcendant,

dont l'éclat frappe tout le monde. (Le comte se promène plus vite sans parler.)

LA COMJTESSE prenant courage dé son silence, continue d'un ton plus ferme, et

i*éiève par degrés. — En tout autre sujet, monsieur, je tiendrais à fort grand honneur de vous soumettre mon avis, de modeler mes sentiments, ma faible opinion sur la vôtre; mais il s'agit... d'un fils...

(Le comte s'agite en marchant.)

la comtesse. — Quand il avait un frère aîné, l'orgueil d'un très grand nom le condamnant au célibat, l'ordre de Malte était son sort. Le préjugé semblait alors couvrir l'injustice de ce partage entre deux fils... (Timidement.) égaux en droits.

LE COMTE s'agite plus fort. A part, d'un ton étouffé. — Égaux en droits!...

la comtesse un peu plus fort. — Mais depuis deux années qu'un accident affreux... les lui a tous transmis, n'est-il pas étonnant que vous n'ayez rien entrepris pour le relever de ses vœux? Il est de notoriété que vous n'avez quitté l'Espagne que pour dénaturer vos

biens, parla vente, ou par des échanges. Si c'est pour l'en priver, monsieur, la haine ne va pas plus loin! Puis, vous le chassez de chez vous, et semblez lui fermer la maison... par vous habitée! Permettez-moi de vous le dire, un traitement aussi étrange est sans excuse aux yeux de la raison. Qu'a-t-il fait pour mériter?

LE COMTE s'arrête, d'un ton terrible. — Ce qu'il a fait!

la comtesse effrayée. — Je voudrais hien, monsieur, ne pas vous offenser I

le comte plus fort. — Ce qu'il a fait, madame! Et c'est vous qui le demandez?

LA comtesse en désordre. — Monsieur, monsieur! vous m'effrayez beaucoup !

LE comte avec fureur. — Puisque vous avez provoqué l'explosion d'un ressentiment qu'un respect humain enchaînait; vous entendrez son arrêt et le vôtre.

la comtesse plus troublée. — Ah, monsieur !.ah, monsieur!...

LE comte. — Vous demandez ce qu'il a fait?

la comtesse levant les bras. — Non, monsieur, ne me dites rien 1

le comte hors de UL — Rappelez-vous, femme perfide, ce que vous avez fait vous-même ! et comment, recevant un adultère dans vos bras, vous avez mis dans ma maison cet enfant étranger, que vous osez nommer mon fils.

la comtesse au désespoir veut se lever. — Laissez-moi m'enfuir, jo roue prie.

le comte la clouant sur son fauteuil. — Non, vous ne fuirez pas ; vous n'échapperez point à la conviction qui vous presse. (Lui montrant sa lettre.) Connaissez-vous cette écriture? Elle est tracée de votre main coupable! Et ces caractères sanglants qui lui servent de réponse...

la comtesse anéantie. — Je vais mourir! je vais mourir!

le comte avec force. — Non, non ! vous entendrez les traits que j'en ai soulignés! (n lit avec égarement.) « Malheureux insensé! notre sort est rempli, votre crime, le mien reçoit sa punition. Aujourd'hui, jour de saint Léon, patron de ce lieu et le vôtre, je viens de mettre au monde un fils, mon opprobre et mon désespoir... » (il parle.) Et cet enfant est né le jour de saint Léon, plus de dix mois après mon départ pour la Véra-Cruz! (Pendant qu'il ut très fort,

on entend la comtesse, égarée, dire des mots coupés qui partent du délire.)

la comtesse priant les mains jointes. — Grand Dieu ! tu ne permets donc pas que le crime le plus caché demeure toujours impuni !

le comte. — ... Et de la main du corrupteur, (il lit.) « L'ami qui vous rendra ceci quand je ne serai plus est sûr ».

la comtesse priant. — Frappe, mon Dieu! car je l'ai mérité!

le comte lit. — « Si la mort d'un infortuné vous inspirait un

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