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Le sieur Marin, auteur de la Gazette de France

MÉMOIRE A CONSULÎÈfc. 34 §

entre Ce libraire et M. Goëzman, j'appris du sieur Dairolles que le libraire débitait les ouvrages de ce magistrat ; que Mme Goëzman venait assez souvent chez lui pour recevoir la rétribution d'auteur, ce qui avait mis assez de liaison entre elle et la dame Lejay. «Mais le vrai motif qui engage le sieur Lejay à répondre des audiences, ajouta-t-il, est que Mme Goëzman l'a plusieurs fois assuré que, s'il se présentait un client généreux, dont la cause fût juste, et qui ne demandât que des choses honnêtes, elle ne croirait pas offenser sa délicatesse en recevant un présent i ». Cela me fut dit chez ma sœur, devant plusieurs de mes parents et amis.

La demande étant portée à deux cents louis, je me récriai sur la somme autant que sur la nécessité de payer des audiences. Quand on m'a jugé aux requêtes de l'hôtel, disais-je, où j'ai gagné ce procès en première instance, loin qu'il m'en ait coûté pour voir mon rapporteur, je n'ai pas même su quel était son secrétaire, et M. Dufour, magistrat aussi accessible que juge éclairé, a poussé la patience et l'honnêteté jusqu'à souffrir mes importunités verbales et par écrit pendant six semaines au moins. Pourquoi faut-il aujourd'hui payer? etc., etc., etc.

Je résistais, je bataillais; mais l'importance de voir M. Goëzman était telle, et le temps pressait si fort, que mes amis inquiets me conseillaient tous de ne pas hésiter : « Quand vous aurez perdu cinquante mille écus, me disaient-ils, faute d'avoir instruit votre rapporteur, quelle différence mettront dans votre aisance deux cents louis de plus ou de moins? Si l'on vous en demandait cinq cents, il n'y aurait pas plus à balancer. » Pour trancher la question, l'un deux obligeamment courut chez lui, et remit à ma sœur cent louis que je n'avais pas.

Plus économe de ma bourse, ma sœur voulut essayer d'arracher eette audience pour cinquante louis, et de son chef elle remit un rouleau seul au sieur Lejay, lui disant qu'elle n'avait pas encore pu changer en or les deux milles quatre cents livres apportées par son frère, et qu'elle le priait en grâce de voir si ces cinquante louis ne suffiraient pas pour m'ouvrir cette fatale porte. Mais bientôt le sieur Dairolles vint chercher le second rouleau.

1. Lorsque Mme Goëzman, interrogée sur la nature de ses relations avec Lejay répond qu'elle ne le connaît point et l'a seulement vu venir quelquefois solliciter sou mari, «lie oublio qu'il existe au portefeuille du sieur Lejay quelques billets d'elle, écrits de sa main, par lesquels elle se reconnaît sa débitrice de plusieurs sommes, comme 18 liv., 30 Hv., etc., qui prouvent encore plus les grandes intimités que lea petits besoins. Elle oublie que, dans ces grandes intimités, elle a dit devant plusieurs témoins « que, quand son mari serait rapporteur, elle saurait bien plumer la poule sans la faire crier » ; expression moins noble à la vérité que celles rapportées dans le mémoire •ur le même sujet; mais en cela plus propre à donner une véritable idée de la liaison ■iée par Mme Goëzman, à son interrogatoire.

3i4 BEAUMARCHAIS

« Quand on fait un sacrifice, madame, lui dit-il, il faut le laite honnête : autrement il perd son mérite, et monsieur votre frère désapprouverait«beaucoup, s'il le savait, qu'on eût perdu seulement quatre heures pour épargner un peu d'argent. » Alors ma sœur, ne pouvant plus reculer, abandonna tristement les autres cinquante louis, et ces messieurs retournèrent chez Mme Goëzman.

Mais, dira-t-on, comment, dans une affaire aussi majeure, étiez-vous si indolent, si passif, que toutes les démarches se fissent entre vos parents et amis, sans vous, et comment disposaiton ainsi de votre argent et d'un temps si précieux, sans que votre acquiescement y parût même nécessaire? Eh! messieurs, vous oubliez la foule de maux dont j'étais accablé; vous oubliez que j'étais en prison ; vous oubliez que, forcé d'y attendre le matin qu'on vînt m'y chercher pour sortir, d'y revenir prendre mes repas et d'y rentrer le soir de bonne heure, je ne pouvais suivre exactement des opérations aussi mêlées. Voilà pourquoi le zèle de lues amis y suppléait. Voilà pourquoi je n'ai su beaucoup de ces détails qu'après coup. Voilà pourquoi je n'ai jamais encore vu le sieur Lejay, au moment où j'écris ce mémoire, etc., etc. Renouons le fil de ma narrationrque cet éclaircissement a coupé.

Quelques heures après, le sieur Dairolles assura ma sœur que Mme Goëzman, après avoir serré les cent louis dans son armoire, avait enfin promis l'audience pour le soir même. Et voici l'instruction qu'il me donna quand il me vit. « Présentezvous ce soir à la porte de M. Goëzman; on vous dira qu'il est sorti; insistez beaucoup; demandez le laquais de madame; remettez-lui cette lettre, qui n'est qu'une sommation polie à la dame de vous procurer l'audience, suivant la convention faite entre elle et Lejay, et soyez certain d'être introduit. »

Docile à la leçon, je fus le soir chez M. Goëzman, accompagné de Me Falconnet, avocat, et du sieur Santerre. Tout ce qu'on nous avait prédit arriva; la porte nous fut obstinément refusée; je fis demander le laquais de madame, à qui je proposai de rendre ma lettre à sa maîtresse; il me répondit niaisement « qu'il ne le pouvait alors, parce que monsieur était dans le cabinet de madame avec elle. — C'est une raison de plus, lui dis-je en souriant de sa naïveté, de porter la lettre à l'instant. Je .vous promets qu'on ne vous en saura pas mauvais gré. » Le laquais revint bientôt, et nous dit « que nous pouvions monter dans le cabinet de monsieur, qu'il allait s'y rendre lui-même par l'escalier intérieur qui descend chez madame ». En effet, M. Goëzman ne tarda pas à nous y venir trouver. Qu'on me passe un détail minutieux, on sentira bientôt comment ils deviendront tous importants. Il était neuf heures du soir lorsqu'on nous fit monter au cabinet; nou3 trouvâmes le

couvert mis dans l'antichambre et la table servie; d'où nous conclûmes que l'audience retardait le souper.

La voilà donc ouverte à la fin, cette porte, et c'est au moment indiqué par Lejay; l'agent n'écrit qu'un mot, j'en suis le porteur; la dame le reçoit, et le juge paraît. Cette audience, si longtemps courue, si vainement sollicitée, on la donne à neuf heures, à l'instant incommode où l'on va se mettre à table. Sans insulter personne, oh pouvait, je crois, aller jusqu'à soupçonner que les cent louis avaient mis tout le monde d'accord sur l'audience, et qu'elle était le fruit de la lettre que madame venait de recevoir en présence de monsieur. Aujourd'hui que l'on plaide, il se trouve que personne ne savait rien de rien, et que l'audience, au milieu de tant d'obstacles, se trouve octroyée par hasard en ce moment unique. J'en demande bien pardon, il était sans doute excusable de s'y tromper.

L'audience de M. Goëzman s'entama par la discussion de quelques pièces au procès. J'avoue que je fus étonné de la futilité de ses objections et du ton avec lequel il les faisait; je le fus même au point que je pris la liberté de lui dire que je ne le croyais pas assez instruit de l'affaire peur être en étLi de la rapporter sous deux jours. Il me répondit qu'il la connaissait assez dès à présent pour la juger, qu'elle était toute simple, et qu'il espérait en rendre compte exact à la cour le lundi suivant. En l'écoutant, je crus apercevoir sur son visage les traces d'un rire équivoque dont je fus très alarmé. De retour, je fis part de mes observations à mes amis.

Le sieur Dairolles les fît parvenir à Mme Goëzman, en sollicitant une seconde audience. La réponse fut que si M. Goëzman ne m'avait fait que des objections frivoles, c'est qu'apparemment il n'en avait point d'autres à faire contre mon droit, et qu'à l'égard du rire qui m'avait alarmé, c'était le caractère de sa physionomie; qu'au reste si je voulais lui envoyer mes réponses aux objections de son mari, elle se chargeait volontiers de les lui remettre : ce que je fis, en accompagnant le paquet d'une lettre polie pour la dame.

Nous étions au dimanche 4 avril : il ne restait plus qu'un jour pour solliciter; mon affaire devait être rapportée le lendemain. Je priai le sieur Dairolles de savoir au vrai si je ne devais plus espérer d'être entendu, trouvant qu'on m'avait vendu bien cher l'unique faveur d'une courte audience.

Ou négocia de nouveau; mais les difficultés qu'on nous opposa firent deviner à tout le monde qu'il n'y avait qu'un seul moyen de les résoudre : autres débats, humeur de ma part, représentations de celle de mes amis. L'avis qui prévalut fut que l'on saurait

Ub ftÈÀtJMAilCtUtS

positivement de Mme Goëzman si la seconde audience tenait à un second sacrifice, et qu'alors, au défaut de cent autres louis qui me manquaient, on lui laisserait une montre à répétition enrichie de diamants. Elle fut aussitôt remise à Lejay par le sieur Dairolles.

Enfin, je reçus la promesse la plus positive d'une audience pour le soir même ; mais le sieur Dairolles, en réapprenant que la dame avait été encore plus flattée de ce bijou que des cent louis qu'elle avait reçus, ajouta qu'elle exigeait en outre quinze louis pour le secrétaire de son mari, à qui elle se chargeait de les remettre. Cela est d'autant plus singulier, monsieur, lui disje, que vous savez qu'un de vos amis eut hier toutes les peines du monde à faire accepter à ce secrétaire une somme de dix louis qu'il lui présentait d'office. Cet homme modeste s'obstinait à la refuser, disant qu'il était absolument inutile à mon affaire, qui se traitait dans le cabinet du rapporteur et sans lui. « Que voulezvous? me dit le sieur Dairolles; toutes ces observations ont été faites à Mme Goëzman; elle n'en a pas moins insisté sur la remise de quinze louis : elle doit ignorer, dit-elle, ce que le secrétaire a reçu d'ailleurs ; enfin ces quinze louis sont indispensable». »

Ils furent remis, de mauvaise grâce à la vérité, puis portés à Mme Goèzman, puis l'audience assurée de nouveau pour sept heures. Mais ce fut encore vainement que je me présentai ; n'ayant pas, cette fois, de passe-port auprès de madame, il fallut revenir sans avoir vu monsieur.

Le lecteur, qui se fatigue à la fin de lire autant de promesses vaines, autant de démarches inutiles, jugera combien je devais être outré moi-même de recevoir les unes et de faire les autres.

Je revins chez moi la rage dans le cœur. Nouvelle course des intermédiaires. Pour cette fois, il ne faut pas omettre la curieuse réponse qu'on me rapporta. « Ce n'est point la faute de la dame si vous n'avez pas été reçu. Vous pouvez vous présenter demain encore chez son mari. Mais elle est si honnête, qu'en cas que vous ne puissiez avoir d'audience avant le jugement, elle vous fait assurer que tout ce qu'elle a reçu vous sera fidèlement remis. »

J'augurai mal de cette nouvelle annonce. Pourquoi la dame s'engageait-elle alors à rendre l'argent? Je ne l'avais *pas exigé. Quelle raison la faisait tergiverser sur une audience tant de fois promise? Je fis à ce sujet les plus funestes réflexions. Mais, quoique le ton et les procédés me parussent absolument changés, je n'en résolus pas moins de tenter un dernier effort pourvoir mon rapporteur le lendemain matin, seul instant dont je pusse profiter avant le jugement du procès.

Pendant que je déplorais mon. sort, un homme d'une probité

MEMOIRE A. CONSULÎÊR U1

reconnue, ayant été témoin et quelquefois confident des affaires particulières entre M. Duverney et moi, s'intéressait à ma cause, dont il connaissait la justice. Ce motif lui fit trouver moyen de s'introduire chez M. Goëzman, en faisant dire à ce rapporteur qu'il avait des éclaircissements importants à lui donner sur l'affaire de la succession Duverney, et se gardant bien surtout d'articuler qu'il penchât pour moi. Il fut aussi surpris que je l'avais été des objections de M. Goëzman.

Mon ami eut beaucoup de peine à se faire écouter dans ses réponses; mais il ne quitta point M. Goëzman qu'il n'en eût au moins arraché la promesse positive de m'ouvrir sa porte et de m'entendre le lendemain matin : il obtint de plus la permission de me communiquer ses objections, et s'engagea pour moi que je les résoudrais à la satisfaction du rapporteur.

Si jamais audience a paru certaine, ce fut sans doute cette dernière, que le rapporteur promettait d'un côté, pendant que sa femme en recevait le prix de l'autre. Cependant, malgré les assurances du mari et de la femme, nous ne fûmes pas plus heureux le lundi matin que les autres jours. Mon ami m'accompagnait; le sieur Santerre était en tiers : ils furent aussi outrés que moi de me voir durement refuser la porte, quoiqu'on ne dissimulât pas que madame et monsieur étaient au logis. J'avoue que ce dernier trait mit à bout ma patience. Nous éclatâmes en murmures, et pendant que mon ami, épuisant toutes les ressources, allait chercher le secrétaire au Palais pour essayer de nous faire introduire, je priai la portière de me permettre au moins d'écrire dans sa loge les réponses que j'avais espéré faire verbalement à son maître. Nous y restâmes une heure et demie, le sieur Santerre et moi. Mon ami revint avec un nouvel introducteur; mais les ordres étaient positifs : nous ne pûmes passer le seuil de la porte. Ce ne fut qu'à force d'instances, et même en donnant six francs à un laquais, que nous parvînmes à faire remettre à M. Goëzman mes réponses et l'extrait d'un acte important pour la recherche duquel un notaire avait passé la nuit.

Le même jour, je perdis ma cause, et M. Goëzman, en sortant du conseil, dit tout haut à mon avocat, devant plusieurs personnages, qu'on avait opiné du bonnet d'après son avis. Le fait est cependant que plusieurs conseillers sont restés d'un sentiment contraire au sien.

Quelle cruauté I N'est-ce pas tourner le poignard dans le cœur d'un homme après l'y avoir enfoncé? Moins le propos était fondé, plus il montrait de partialité dans le juge, et... laissons les réflexions; elles aigrissent mon chagrin et retardent mon ouvrage.

348 feEAUMAKCHAÎS

Il est temps de tenir parole : opposons la récapitulation de mes courses chez M. Goëzman au reproche de n'en avoir pas fait assez pour le voir, pendant les quatre jours pleins qu'il a été mon rapporteur, d'où l'on induit que j'ai pu avoir intention de le corrompre. Le total des courses est de vingt-deux, pour une seule audience obtenue. En me lavant ainsi du reproche de négligence, je pense avoir beaucoup ébranlé le système de corruption : achevons de l'anéantir par un autre calcul et quelques réflexions fort simples.

Il m'en a coûté cent louis pour obtenir une audience de M. Goëzman. Qu'on suive cet argent à la trace, et qu'on juge si, de la distance où je suis resté du rapporteur, il était possible que j'eusse formé le projet insensé de le corrompre.

En cédant à la nécessité- de sacrifier cent louis, je ne les avais pas (une personne), un ami me les a offerts (deux); ma sœur les a reçus de ses mains (trois); elle les a confiés au sieur Dairolles quatre), qui les a remis au sieur Lejay (cinq), pour être donnés à fMme Goëzman, qui les a gardés (six) ; enfin M. Goëzman, que je n'ai vu qu'à ce prix, et qui a tout ignoré (sept).

Voilà donc de M. Goëzman à moi une chaîne de sept personnes dont il prétend que je tiens le premier chaînon comme corrupteur, et lui le dernier comme incorruptible. D'accord. Mais s'il est juge incorruptible, comment prouvera-t-il que je suis un client corrupteur? A travers tant de personnes, on se trompe aisément sur l'intention d'un homme : d'ailleurs un juge corrompu n'a plus besoin d'instructions, et l'éloignement où se tient de lui son corrupteur est le premier égard qu'il lui doit, et le plus sûr moyen d'écarter tout soupçon de leur intelligence. Or, il est prouvé qu'après avoir payé j'ai montré encore plus d'empressement de voir M. Goëzmann qu'avant de donner les cent louis : donc je n'ai pas cru avoir gagné son suffrage en payant ; donc ce n'était pas son suffrage qu'on avait marchandé pour moi; donc je ne voulais que des audiences; donc je ne suis pas un corrupteur; donc il a calomnié mon intention; donc le procès est mal intenté contre moi; donc... ce qu'il fallait démontrer.

J'avais perdu ma cause ; le mal était consommé. Le soir même du jugement, le sieur Dairolles rendit à ma sœur les deux rouleaux de louis, et la montre enrichie de diamants. « A l'égard des quinze louis, dit-il, comme ils avaient été exigés par Mme Goëzman pour être remis au secrétaire de son mari, elle s'est crue à bon droit dispensée de les rendre au sieur Lejay. »

La conduite de ce secrétaire étant une énigme pour moi, je voulus l'éclaircir. Étonné qu'après avoir refusé modestement dix louis il en retînt vingt-cinq, je priai l'ami qui lui avait faitaccepter ces dix louis d'aller lui demander si quelqu'un lui avait depuis

remis quinze autres louis. Non seulement le secrétaire nia qu'on les lui eût offerts, et ii les aurait, dit-il, certainement refusés, mais il offrit à mon ami de lui rendre les dix louis qu'il en avait reçus, en l'assurant de nouveau qu'il n'avait fait aucun travail à ce malheureux procès, qui me coûtait trop d'argent pour qu'on augmentât encore mes pertes par des sacrifices volontaires.

Mon ami, sûr de mes intentions, le pria de les garder, moins comme un honoraire dû à ses peines que comme un léger hommage rendu à son honnêteté.

Alors, piqué du moyen malhonnête qu'on employait pour retenir mes quinze'louis, croyant même que le sieur Lejay, que je ne connaissais point du tout, avait voulu les garder, je lui fis dire par le sieur Dairolles que je voulais savoir ce qu'étaient devenus ces quinze louis.

Le libraire affirma pendant plusieurs jours les avoir en vain demandés à Mme Goëzman , qui lui répondait constamment être convenue avec lui que, dans tous les cas, ces quinze louis seraient perdus pour moi. Il ajouta qu'il ne pouvait souffrir qu'on le soupçonnât de les avoir gardés ; que la dame se faisait celer, et que je pouvais lui en écrire directement.

Le 21 avril, c'est-à-dire dix-sept jours après le jugement du procès, j'écrivis la lettre suivante à Mme Goëzman.

Je n'ai point l'honneur, madame, d'être personnellement connu de vous, et je me garderais de vous importuner si, après la perte de mon procès, lorsque vous avez bien voulu me faire remettre mes deux rouleaux de louis et la répétition enrichie de diamants qui y était jointe, on m'avait aussi rendu de votre part quinze louis d'or que l'ami commun qui a négocié vous a laissés de surérogation.

J'ai été si horriblement traité dans le rapport de monsieur votre époux, et mes défenses ont été tellement foulées aux pieds par celui qui devait, selon vous, y avoir un légitime égard, qu'il n'est pas juste qu'on ajoute aux pertes immenses que ce rapport me coûte celle de quinze louis d'or qui n'ont pas dû s'égarer entre vos mains. Si l'injustice doit se payer, ce n'est pas par celui qui en souffre si cruellement. J'espère que vous voudrez bien avoir égard à ma demande, et que vous ajouterez à la justice de me rendre ces quinze louis celle de me croire, avec la plus respectueuse considération qui vous est due,

Madame, votre, etc.

Ce 21 avril 1773.

Je n'en reçus point de réponse, mais le lendemain ma sœur vint m apprendre que le sieur Lejay était dans sa maison, égaré comme un insensé; Mme Goëzman, disait-i/, l'avait envoyé chercher, pour se plaindre amèrement de ce que je lui deman-

dais une somme de cent louis et une montre enrichie de diamants, qu'elle m'avait fait rendre. Il ajoutait que cette dame, outrée de colère, l'avait menacé de le perdre, ainsi que moi, en employant le crédit de M. le duc d'...

Ma sœur me dit que tous ces propos se tenaient chez elle, devant son médecin : qu'elle avait inutilement essayé de remettre la tête de ce pauvre Lejay, à qui Ton ne pouvait faire comprendre qu'il ne s'agissait que de quinze louis égarés entre lui et cette dame, et non de ce qui m'avait été rendu; que cet homme était si troublé, qu'il assurait avoir lu en propres termes dans ma lettre, que la dame lui avait montrée, la demande des cent louis et du bijou; qu'enfin il menaçait de nier la part qu'il avait eue à cette affaire, si elle prenait une mauvaise tournure.

Heureusement j'avais gardé copie de ma lettre; je l'envoyai par ma sœur au sieur Lejay, qui fut, à ce qu'il dit, sur le champ chez Mme Goëzman lui faire à son tour ses reproches. Je ne sais s'il tint parole; mais enfin les quinze louis ne revinrent point. J'ai depuis écrit deux lettres au libraire à ce sujet, qui sont restées sans réponse. Elles ont été jointes au procès.

J'appris alors dans le public que M. Goëzman, muni d'une déclaration du sieur Lejay dans laquelle j'étais violemment inculpé, avait été chez M. le duc de la Vrillière et chez M. de Sartine, se plaindre hautement que je calomniais sa personne, après avoir tenté de corrompre sa justice. Je n'en croyais pas un mot : tant de précautions extrajudiciaires, avant qu'il y eût aucune procédure entamée, me paraissaient au-dessous même du moins instruit des criminalistes. Je ne pouvais me figurer qu'un conseiller au Parlement, sur des objets relatifs à un procès jugé au Parlement, invoquât une autre autorité que celle du Parlement, pour avoir raison de qui que ce fût; en tout cas, je me promis bien qu'il ne me serait pas reproché, si je pouvais l'éviter, d'avoir provoqué, par mes discours ou mes écrits, un combat aussi indécent entre M. Goëzman et moi. Résolu que j'étais de me renfermer dans des défenses juridiques, si l'on allait jusqu'à m'attaquer en forme, j'eus l'honneur d'adresser la lettre suivante à l'un des hommes en place qui jouit au plus juste titre de l'estime et de la confiance universelles.

Monsieur,

Sur les plaintes qu'on prétend que M. Goëzman, conseiller au Parlement, fait de moi, disant que j'ai tenté de corrompre sa justice en séduisant Madame Goëzman par des propositions d'argent qu'elle a rejetées, je déclare- que l'exposé fait ainsi est faux, de quelque part qu'il Vienne. Je déclare que je n'ai point tenté de corrompre la justice da

M.Goëzman pour gagner un procès que j'ai toujours cru qu'on ne pouvait me faire perdre sans erreur ou sans injustice.

A l'égard de l'argent proposé par moi et rejeté, dit-on, par Madame Goëzman, si c'est un bruit public, M. Goëzman ne sait pas si je l'accrédite ou non; et je pense qu'un homme dont l'état est de juger les autres sur des formes établies ne devrait pas m'inculper aussi légèrement, encore moins armer l'autorité contre moi. S'il croit avoir à se plaindre, c'est devant un tribunal qu'il doit m'attaquer. Je ne redoute la lumière sur aucune de mes actions. Je déclare que je respecte tous les juges établis par le roi. Mais aujourd'hui M. Goëzman n'est point mon juge. Il se rend, dit-on, partie contre moi : sur cette affaire, il rentre dans la classe des citoyens, et j'espère que le ministère voudra bien rester neutre entre nous deux. Je n'attaquerai personne; mais je déclare que je me défendrai ouvertement sur quelque point qu'on me provoque, sans sortir de la modération, de la modestie et des égards dont je fais profession envers tout le monde.

Je suis, monsieur, avec le plus profond respect^ etc.

Bientôt il courut un autre bruit, que M. Goëzman avait été chez M. le chancelier et chez M . le premier président, armé uC cette terrible déclaration de Lejay, porter de nouvelles plaintes contre moi; enfin, j'appris qu'il m'avait dénoncé au Parlement, comme calomniateur et corrupteur de juge. Cette attaque étant plus méthodique que la première, j'eus moins de peine à me la persuader. Mais je n'en restai pas moins tranquille sur l'événement; j'engageai même le sieur Marin, auteur de la Gazette de France, et ami de M.Goëzman, de représenter à ce magistrat combien un pareil acte d'hostilité tournerait désagréablement pour lui. « Je crains peu ses menaces, lui dis-je ; il m'a fait tout le mal qui était en sa puissance. Vous pouvez l'assurer que je n'userai point en lâche ennemi de l'avantage des circonstances, pour lui causer un /désagrément public : mais xju'il ait la bonté de me laisser tranquille. » L'ami de M. Goëzman m'assura qu'il en avait écrit et parlé déjà plusieurs fois, en lui faisant sentir toutes les conséquences de ses démarches, et qu'il lui en parlerait encore. Sa négociation fut infructueuse.

Peu de jours après, M. le premier président m'envoya chercher pour savoir la vérité des bruits qui couraient. Je m'en tins au refus le plus respectueux de rien déclarer, à moins qu'on ne m'y forçât juridiquement... « Que mes ennemis m'attaquent s'ils l'osent, alors je parlerai; Ton ne parviendra pas à me faire craindre qu'un corps aussi respectable que le Parlement devienne injuste et partial pour servir la haine de quelques particuliers. Quant à la déclaration de Lejay, elle tournera bientôt contre ceux qui l'ont fabriquée. Je n'ai jamais vu le sieur Lejay, mais on dit que c'est'

un honnête homme, qui n'a contre lui que Je défaut des âmes faibles, d<i se laisser effrayer facilement et de céder sans résistance à l'impulsion qu'aura la fausse déclaration qu'on lui a extorquée dans un cabinet; il ne la soutiendra jamais dans un greffe : et la vérité lui sortira par tous les pores à la première interrogation juridique qui lui sera faite. Ainsi, sans inquiétude à cet égard, et plein de confiance en l'équité des mes juges, je perdrais difficilement ma tranquillité. »

J'appris alors que M. le procureur général était chargé d'informer : je me hâtai d'aller lui présenter le nom et la demeure de tous ceux qui avaient eu part à cette affaire. Ils ont été entendus; et je ne crains pas qu'aucun d'eux démente la plus légère circonstance de cette narration.

A peine les témoins sont-ils assignés, que Lejay commence à trembler sur les conséquences de sa fausse déclaration. Dans le trouble de sa conscience, il va consulter M. Gerbier, expose les faits tels qu'ils se sont passés, en reçoit le conseil de revenir à la vérité dans sa déposition, vient faire la même confession à M. le premier président; il la faUà quiconque a la patience de l'écouter. M. Goëzman en entend parler. On envoie chercher le libraire et sa femme; on commence par leur soutirer la minute de la fausse déclaration, parce qu'elle est de la main de ce magistrat; on leur reproche ensuite aigrement leur inconstance. La dame Lejay, plus courageuse que son mari, proteste qu'aucun respect humain ne les empêchera plus de dire la vérité. Grands débats entre eux : enfin on en revient à négocier; on veut engager le libraire à passer en Hollande, avec promesse de le défrayer de tout et d'arranger l'affaire pendant son absence. La dame Lejay refuse, et soutient son mari dans sa résolution. Instruit des démarches de la maison Goëzman, et craignant que Lejay ne se laisse encore entraîner, je vais chez M. le premier président lui rendre compte de ce qui se passe. « Vous êtes instruit maintenant, lui dis-je, monseigneur : Lejay vous a tout avoué. J'étais bien sûr que cet homme, qui n'a menti que par faiblesse et par séduction, ne tarderait pas à rendre hommage à la vérité. Mais ce que vous ignorez, c'est qu'on veut le suborner encore et lui faire quitter la France. De peur qu'on ne dise que c'est moi qui l'ai fait sauver, je me hâte d'en donner avis aux premiers magistrats. » En effet, je fus chez M. 1*> procureur général et chez M. de Combault, commissaire-rapporteur, articuler les mêmes faits, en les priant de vouloir bien s'en souvenir en temps et lieu. Je cite avec assurance, et ne crains pas aujourd'hui d'invoquer des témoignages aussi respectables.

Bientôt le sieur Lejay, assigné comme témoin, dépose au greffe cette vérité redoutable à ses suborneurs, et contraire en tout à la

déclaration qu'ils lui avaient extorquée. Sa femme et son commis, entendus, déposent, ainsi que lui, que la minute de la déclaration a été écrite de la main de M. Goëzman; que le commis de Lejay en a tiré plusieurs copies; que le maître n'a fait que la signer, mais que depuis peu de jours on leur a retiré adroitement l'original. Mme Goëzman, entendue à son tour, dit fort peu de choses, et voudrait écarter par un air d'ignorance l'idée qu'elle ait eu la moindre part à l'affaire. Je suis le seul qu'on n'assigne point comme témoin, ce qui fait déjà présumer que je suis dénoncé comme coupable. En effet, j'étais dénoncé. L'information achevée, et les témoins entendus, M. Doé de Gombault fait son rapport aux chambres assemblées. Il intervient un arrêt qui décrète le sieur Lejay de prise de corps; le sieur Dairolles et moi d'ajournement personnel, et Mme Goëzman seulement d'assignée pour être ouïe. Je ne me plains point d'une différence qui ne peut venir sans doute que d'un égard pour son sexe. Cependant le bruit courait que son mari, la traitant moins bien que le Parlement, avait obtenu une lettre de cachet contre elle, l'avait fait enlever et mettre au couvent. Mais la vérité est que M. Goëzman ne fit pas usage de la lettre de cachet, et que Mme Goëzman n'a été au couvent que depuis ; ce qui réalise le propos qu'on tenait alors. « Si M. Goëzman, disait-on, fait renfermer sa femme, il la sait donc coupable, et s'il la sait coupable, comment cherche-t-il à la justifier aux dépens d'autrui? Si c'est le Parlement qui poursuit, et si Mme Goëzman n'est renfermée qu'en vertu du soupçon répandu sur elle, jusqu'au jugement du procès, le soupçon s'étend également sur la femme et sur le mari. Par quel hasard, dans une affaire aussi peu éclaircie, voit-on Beaumarchais décrété d'ajournement personnel, Lejay de prise de corps, Mme Goëzman renfermée et M. Goëzman sur les fleurs de lis? »

Ces contradictions apparentes excitaient de plus en plus l'attention du public sur l'événement de ce procès. Le sieur Lejay, retenu au secret pendant plus de huit jours, a été interrogé plusieurs fois; le sieur Dairolles ensuite, enfin moi le dernier, qui ai tâché de tracer dans mon interrogatoire l'historique exact de tous les faits, tels qu'on les a lus dans ce mémoire : et certes, j'oserais bien , assurer que de toutes les dépositions des différents témoins il n'y en a pas une seule qui ne s'accorde exactement avec cet interrogatoire.

Depuis ce temps, un arrêta rendu la liberté provisoire à Lejay : un autre a réglé l'affaire à l'extraordinaire; et tel est l'état des choses à l'instant où j'écris.

Pressé d'établir mon innocence par l'exposé des faits, j'ai hasardé mon premier mémoire. Mais avoir dit la vérité dans un commencement d'affaire est un engagement pris envers les juges et le public de continuer à la leur offrir sans relâche et sans déguisement jusqu'à sa conclusion.

J'ai trop appris, aux dépens de mon repos, combien il est dangereux d'avoir un ennemi qualifié; j'ai pensé payer d'une partie de ma fortune le malheur de combattre un adversaire en crédit. Aujourd'hui, ce qui devait me faire trembler me rassure.

Moins obligé d'avoir du talent, parce que j'ai du courage, la nécessité d'écrire contre un homme puissant est mort passe-port auprès des lecteurs. Je ne m'abuse point : il s'agit moins pour le public de ma justification, que de voir comment un homme isolé s'y prend pour soutenir une aussi grande attaque et la repousser tout seul.

Quant à mes juges, être bien persuadé que je n'aurai pas moins de faveur à leurs pieds que mon adversaire assis au milieu d'eux; m'y présenter avec la plus grande confiance, est rendre au Parlement ce que je lui dois. Ce principe adopté, l'on sent que tout ménagement qui m'eût empêché de me défendre contre un juge ne m'eût paru qu'une insulte au corps entier des magistrats.

Et tel était mon argument, auprès des gens de loi, quand j'y cherchais un défenseur. Mais je parlais à des sourds; ils fuyaient tous en me criant de loin : c'est un de Messieurs, ne m'approcliez pas. D'où vient donc tant d'effroi? je ne demande que justice. Dieu et mon droit n'est-il plus le cri de réclamation qui rend tous les sujets d'un roi juste recommandables aux yeux de la loi? ou mon adversaire est-il l'arche du Seigneur, et sacré au point qu'on ne puisse y toucher sans être frappé de mort? Mes ennemis sont nombreux et je suis seul; mais au tribunal de l'équité, le plus ferme appui de l'innocence est de n'en avoir aucun. Vos terreurs

ne m'arrêteront donc point; je me défendrai moi-même. Vous rie voyez que des hommes où je parle à des juges. Vous craignes* leurs ressentiments; moi, j'espère en leur intégrité. Qui de nous deux les honore mieux à votre avis? Mais y eût-il du danger pour moi, je préférerais de m'y exposer par un excès de confiance, à la bassesse de les outrager par une défiance malhonnête; et s'il faut me montrer enfin tel que je suis, j'aimerais mieux trébucher même en combat avec leur estime et celle des honnêtes gens, que de chercher, en le fuyant, ma sûreté dans un mépris universel *.

Mon premier mémoire a laissé le procès seulement réglé à l'extraordinaire. C'était poser la plume à l'instant où il devenait intéressant de la prendre. Ce nouvel aspect dés choses, annonçant que le Parlement voudrait traiter l'affaire au plus grave, abattait le courage de mes amis; il a relevé le mien. Si l'on avait voulu juger légèrement, disais-je, étouffer le fond en étranglant la forme, et ne pas peser chaque chose au poids de la plus exacte équité, tout n'est-il pas connu sur ce qui me regarde? Ce qui ne l'est pas de même est la branche du procès qui touche M. et Mme Goëzman . Le règlement à l'extraordinaire peut seul éclaircir cette importante partie de ma justification; il est donc beaucoup plus en ma faveur que contre moi.

Si j'ai bien ou mal raisonné, c'est ce que la suite va nous apprendre. Je supplie le lecteur de m'accorder autant d'attention que d'indulgence. Quand je n'avais à raconter qu'une suite de faits non disputés, j'ai pu soutenir un moment sa curiosité par mon empressement à la satisfaire, et sauver l'aridité du sujet parla rapidité de la marche ; mais aujourd'hui qu'il me faut discuter lentement leâ moyens de mes adversaires, les éplucher phrase à phrase, et më traîner après eux dans le caveau de la mine où ils ont cru m'ensevelir, on sent que ma marche en deviendra pesante, et qii'ii mé faut ici plus de méthode que d'esprit, plus de sagacité que d'éloquence.

Ce n'est pas le fond du procès que je vais examiner; il est connu par mon premier mémoire. J'examinerai seulement la manière

1. Ma confiance en l'équité de mes juges paraîtra bien plus courageuse encore quand on saura que, par une bizarrerie remarquable dans tous les événements de fini ▼ie, à l'instant même où je suis aux pieds du Parlement pour lui demander justice contre M. Goëzman, je suis forcé de solliciter au conseil du roi la cassation de l'arrêt du Parlement rendu sur le rapport et d'après l'avis de M. Goëzman, qui m'a fait perdre cinquante mille écus ! quand on saura que ma requête est admise, et que j'ai déjà obtenu un arrêt de soit communiqué. Mais c'est ainsi que les juges doivent être honorés. Si la loi permet de se pouvoir en cassation d'arrêt, ce n'est pas que les tribunaux soient iniques, c'est que les affaires ont deux faces, et que les juges sont des homme».

dont mes adversaires ont engagé l'affaire, et l'ont soutenue contre moi jusqu'à ce jour. C'est une espèce de second procès dans le premier, comme l'épisode du sieur Marin et toutes ses nouvelles menées en donneront bientôt un troisième dans le second.

Surtout appliquons-nous à bien effacer la tache de corruption qu'on a voulu m'imprimer : forçons Mme Goëzman à se rétracter. Car si M. Goëzman est mon véritable adversaire, il ne faut pas oublier que sa femme est mon unique contradicteur. C'est sur la foi de ce seul témoin qu'il m'a dénoncé comme ayant voulu le corrompre et gagner son suffrage.

Quant à ce dernier nœud, le plus difficile de tous, Mme Goëzman l'a coupé au moment qu'on s'y attendait le moins, en dictant dans son récolement, auquel elle s'est toujours tenue depuis, cette phrase remarquable et qui juge le procès : « Je déclare que jamais Lejay ne m'a présenté d'argent pour gagner le suffrage de mon mari, qu'on sait bien être incorruptible; mais qu'il sollicitait seulement des audiences pour le sieur de Beaumarchais. »

On en connaît assez déjà pour être certain que mes ennemis ne s'étaient pressés de s'emparer de l'attaque que par la frayeur d'être chargés du poids de la défense; mais ils ont beau faire, il faut toujours y revenir, parce qu'en acceptant le défi j'ai pris pour devise : courage et vérité.

Se plaindront-ils que je me sois trop pressé de parler? Leurs déclarations étaient fabriquées; la lettre de d'Arnaud les appuyait; les soins de Marin en promettaient le succès ; j'étais dénoncé au Parlement, les témoins entendus ; les chambres assemblées ; l'arrêt intervenu; Lejay emprisonné; moi décrété; les interrogatoires accumulés; les bruits les plus funestes répandus; les diffamations les plus indécentes admises; et moi, j'étais muet et tranquille. Qu'ils s'agitent, qu'ils cabalent et me dénigrent sans relâche : ils ont tort, dis-je; c'est à eux de se tourmenter : si la vigilance est utile à la vertu, elle est bien plus nécessaire au vice : un moment viendra ou j'éclaircirai tout. Il est arrivé. Parler plus tôt eût été fomenter un débat inutile ; attendre plus tard aurait compromis mon droit : je le fais, et je continuerai à le faire, avec le respect et la confiance dus à mes juges. Heureux si mes défenses obtiennent la sanction du suffrage public !

Je passe sous silence mes confrontations avec les témoins, avec le sieur Baculard d'Arnaud, conseiller d'ambassade; avec le sieur Marin, gazetier de France; en un mot ce qu'on pourrait appeler la petite guerre que je réserve pour un mémoire particulier, pour arriver bien vite aux objets intéressants, qui sont mes confrontations avec Mme Goëzman, l'examen des décla-

SUPPLEMENT AU MÉMOIRE A CONSULTER %§j

dations attribuées à Lejay, el la dénonciation de M. Goëzman au Parlement1.

La première partie de ce mémoire, en montrant de quel ridicule le conseil de Mme Goëzman Ta forcée de se couvrir dans ses défenses, va porter ma justification au plus haut degré d'évidence.

La seconde en éclairant le fond de la scène, nous met sur la trace du principal acteur, et découvre enfin la main qui fait jouer tous les ressorts de cette noire intrigue ,

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