ACTE I, SCÈNE IV Ml
bartholo. — Quelque drame encore ! Quelque sottise d'un nouveau genre1.
rosine, — Je n'en sais rien.
bartholo. — Euh, euh, les journaux et l'autorité nous en feront raison. Siècle barbare!...
ROSINE. — Vous injuriez toujours notre pauvre siècle.
bartholo. — Pardon, de la liberté; qu'a-t-il produit pour qu'on le loue? Sottises de toute espèce : la liberté de penser, l'attraction, l'électricité, le tolérantisme, l'inoculation, le quinquina, l'encyclopédie, et les drames...
ROSINE, le papier lui échappe et tombe dans la rue. — Ah ! ma chanson !
ma chanson est tombée en vous écoutant... Gourez, courez donc, monsieur; ma chanson! elle sera perdue.
bartholo. — Que diable aussi, l'on tient ce qu'on tient, (il quitte
le balcon.)
ROSINE regarde en dedans et fait signe dans la rue. — St, St. (Le comte paraît.) Ramassez vite et sauvez-VOUS. (Le comte ne fait qu'un saut, ramasse le papier et rentre.)
BARTHOLO sort de la maison et cherche. OÙ donc est-il? Je ne Vois
rien.
rosine. — Sous le balcon, au pied du mur.
bartholo. — Vous me donnez là une jolie commission! Il est donc passé quelqu'un?
Rosine. — Je- n'ai vu personne.
bartholo, a lui-même. — Et moi qui ai la bonté de chercher.'.. Bartholo, vous n'êtes qu'un sot, mon ami : ceci doit vous apprendre à ne jamais ouvrir de jalousies sur la rue. (h rentre.)
rosine, toujours au balcon. — Mon excuse est dans mon malheur : seule, enfermée, en butte à la persécution d'un homme odieux; est-ce un crime de tenter à sortir de l'esclavage?
batholo, paraissant au balcon. — Rentrez, senora; c'est ma faute si vous avez perdu votre chanson; mais ce malheur ne vous arrivera
plus, je*VOUS jure. (H ferme la jalousie à la clef.)