‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 83 sur 317 · ACTE II, SCÈNE VIÎI 4Ô · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIÎI 4Ô

BazïlE. — J'étais sorti pour vos affaires. Apprenez une nouvelle ;sez fâcheuse.

BARTHOLO. — Pour VOUS ?

bazile. — Non, pour vous. Le comte Almaviva est en cette ville.

bartholo. — Parlez bas. Celui qui faisait chercher Rosine dans >ut Madrid?

bazile. — Il loge à la grande place, et sort tous les jours déguisé.

bartholo. — Il n'en faut point douter, cela me regarde. Et que

ire?

bazile. — Si c'était un particulier, on viendrait à bout de 'écarter.

bartholo, — Oui, en s'embusquant le soir, armé, cuirassé...

bazile. — Bone Deus! Se compromettre! Susciter une méchante

faire, à la bonne heure; et pendant la fermentation calomnier à d'experts, concedo.

bartholo. — Singulier moyen de se défaire d'un homme!

bazile. — La calomnie, monsieur? vous ne. savez guère ce que rous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens prêts d'en être acca- )lés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une

*ande ville en s'y prenant bien; et nous avons ici des gens d'une tdresse!... D'abord, un bruit léger rasant le sol comme l'hirondelle

rant l'orage, pianissimo, murmure et file et sème en courant le 'ait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le lisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe,

chemine, et rinforzando, de bouche en bouche, il va le diable ;

lis, tout à coup, ne sais comment, vous voyez la calomnie se

-esser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend

m vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, éclate et tonne, et

ivient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un is universel de haine et de proscription. Qui diable y résiste-

bartholo. — Mais quel radotage me faites-vous donc là, Bazile ? ït quel rapport ce piano-crescendo peut-il avoir à ma situation?

bazile. — Comment! quel rapport? Ce qu'on fait partout pour

:arter son ennemi, il faut le faire ici pour empêcher le vôtre d'ap- >rocher.

bartholo. — D'approcher I Je prétends bien épouser Rosine ivant qu'elle apprenne seulement que ce comte existe.

bazile. — En ce cas, vous n'avez pas un instant à perdre.

bartholo. — Et à qui tient-il, Bazile? Je vous ai chargé de tous ;s détails de cette affaire.

bazile. — Oui. Mais vous avez lésiné sur les frais; et, dans l'har-

lonie du bon ordre, un mariage inégal, un jugement inique, un

passe-droit évident, sont des dissonnances qu'on doit toujours préparer et sauver par l'accord parfait de l'or.

BARTIIOLO, lui donnant do l'argent. — Il faut en passer par OÙ VOUS

voulez; mais finissons.

bazile. — Cela s'appelle parler. Demain, tout sera terminé : c'est à vous d'empêcher que personne, aujourd'hui, ne puisse instruire la pupille.

bartiiolo. — Fiez-vous-en à moi. Viendrez-vous ce soir, Bazile?

bazile. — N'y comptez pas. Votre mariage seul m'occupera toute la journée ; n'y comptez pas.

BARTHOLO l'accompagne. — Serviteur.

bazile. — Restez, docteur, restez donc.

bariholo. — Non pas. Je veux fermer sur vous la porte de la rue.

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