‹ Œuvres; théâtre et mémoiresChapitre 93 sur 317 · ACTE II, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XV

bartholo. — Mais vous, quelle raison avez-vous de ne pas le montrer?

Rosine. — Je vous répète, monsieur, que ce papier n'est autre que la lettre de mon cousin, que vous m'avez rendue hier toute décachetée; et puisqu'il en est question, je vous dirai tout net que cette liberté me déplaît excessivement.

bartholo. — Je ne vous entends pas.

rosine, — Vais-je examiner les papiers qui vous arrivent? Pourquoi vous donnez-vous les airs de toucher à ceux qui me sont adressés? Si c'est jalousie, elle m'insulte; s'il s'agit de l'abus d'une autorité usurpée, j'en suis plus révoltée encore.

bartholo. — Comment, révoltée 1 Vous ne m'avez jamais parlé ainsi.

rosine. — Si je me suis modérée jusqu'à ce jour, ce n'était pas pour vous donner le droit de m'offenser impunément.

bartholo. — De quelle offense me parlez-vous?

rosine. — C'est qu'il est inouï qu'on se permette d'ouvrir les lettres de quelqu'un.

bartholo. — De sa femme?

rosine. — Je ne la suis pas encore. Mais pourquoi lui donneraiton la préférence d'une indignité qu'on ne fait à personne?

bartholo. — Vous voulez me faire prendre le change et détourner mon attention du billet, qui, sans doute, est une missive de quelque amant! Mais je le verrai, je vous assure.

rosine. — Vous ne le verrez pas. Si vous m'approchez, je m'enfuis de cette maison, et je demande retraite au premier venu.

bartholo. — Qui ne vous recevra point.

rosine. — C'est ce qu'il faudra voir.

bartholo. — Nous ne sommes pas ici en France, où l'on donne toujours raison aux femmes; mais pour vous^en ôter la fantaisie, je vais fermer la porte.

rosine, pendant qu'il y va — Ah! ciel ! que faire?... Mettons-vite a la place la lettre de mon cousin, et donnons-lui beau jeu à la

prendre. (Elle fait l'échange, et met la lettre du cousin dans la pochette, de façon qu'elle sort un peu.)

bartholo, revenant. — Ah! j'espère maintenant la voir. rosine. — De quel droit, s'il vous plaît!

bartholo. — Du droit le plus universellement reconnu, celui du plus fort.

rosine. — On me tuera plutôt que de l'obtenir de moi. bartholo, frappant du pied. — Madame ! madame !...

ROSINE tombe sur un fauteuil et feint de se trouver mal. — Ah! quelle

indignité!...

bartholo. — Donnez cette lettre ou craignez ma colère.

rosine, renversée. — Malheureuse Rosine!

rartholo. — Qu'avez-vous donc?

ROSINE. — Quel avenir affreux!

BARTHOLO. — Rosine!

rosine. — J'étouffe de fureur.

bartholo. — Elle se trouve mal.

rosine. — Je m'affaiblis... je meurs.

bartholo lui ute le pouls, et dit à part : — Dieux! la lettre! Lisons-la

Sans qu'elle en SOit instruite. (Il continue à lui tâter le pouls, et prend la lettre qu'il tâche de lire en se tournant un peu.)

rosine, toujours renversée. — Infortunée! ah!... bartholo lui quitte le bras et dit à part : — Quelle rage a-t-on d'apprendre ce qu'on craint toujours de savoir! rosine. — Ah! pauvre Rosine!

rartholo. — L'usage des odeurs... produit ces affections spas-

modiqueS. (H lit par derrière le fauteuil en lui tâtant le pouls. Rosine se relève un peu, le regarde finement, fait un geste de tête et se remet sans parler.)

rartholo à part. — 0 ciel! c'est la lettre de son cousin. Maudite inquiétude! Comment l'apaiser maintenant? Qu'elle ignore au

moins que je l'ai lue ! (Il fait semblant de la soutenir et remet la lettre dans la pochette.)

ROSINE soupire. — Ah!...

rartholo. — Eh bien! ce n'est rien, mon enfant; un petit mouvement de vapeurs, voilà tout; car ton pouls n'a seulement pas

Varié. (H va prendre un flacon sur la console.)

rosine, à part. — Il a remis la lettre! fort bien.

rartholo. — Ma chère Rosine, un peu de cette eau spiritueuse.

rosine. — Je ne veux rien de vous : laissez-moi.

rartholo. — Je conviens que j'ai montré trop de vivacité sur ce biliet!

rosine. — Il s'agit bien du billet! C'est votre façon de demander les choses qui est révoltante.

rartholo, à genoux. — Pardon : j'ai bientôt senti tous mes torts et tu me vois à tes pieds, prêt à les réparer.

rosine. — Oui, pardon ! lorsque vous croyez que cette lettre ne vient pas de mon cousin.

rartholo. — Qu'elle soit d'un autre ou de lui, je ne veux aucun éclaircissement.

rosine, lui présentant la lettre. — Vous voyez qu'avec de bonnes façons on obtient tout de moi. Lisez-la.

rartholo. — Cet honnête procédé dissiperait mes soupçons si j'étais assez malheureux pour en conserver.

rosine. — Lisez-la donc, monsieur.

IT. mr.nipn nr setulk.

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