ACTE I , PARTIE II
miséricorde vous ont quittée , Dieu soit loué ! Je suis bien plus à mon aise avec votre altesse quand elle est naturelle commie la voilà. Je m'y retrouve au moins. Voyez -vous , madame , un lac , c'est le contraire d'une île ; une tour , c'est le contraire d'un puits j im acqueduc , c'est le contraire d'un pont ; et moi , j'ai l'honneur d'être le contraire d'un personnage vertueux.
Gennaro est avec eux. Prends garde qu'il ne lui arrive rien.
GUBETTA
Si nous devenions , vous une bonne femme , et moi un bon homme, ce serait monstrueux.
DONA LUCREZIA
Prends garde qu'il n'arrive rien à Gennaro , te dis-je !
GUBETTA
Soyez tranquille.
DONA LCCAEZIA.
Je voudrais portant bien le voir encore une fois !
GUBETTA
Vive-Dieu , madame , votre altesse le voit tous les jours. Vous avez gagné son valet pour qu'il déterminât son maître à prendre logis là , dans cette bicoque , vis-à-vis votre balcon , et de votre fenêtre grillée vous avez tous les jours l'ineffable bonheur de voir entrer et sortir le susdit gentilhomme.
54 LUCRÈCE BORGIi^.
DON A LUCREZIA
Je dis que je voudrais lui parler, Gubetta.
GUBETTA
Rien de plus simple. Envoyez lui dire par voire porte-chape Astolfo que votre altesse l'attend aujourd'hui à telle heure au palais.
Je le ferai , Gubetta. Mais voudra-t-il venir?
GUBETTA
Rentrez, madame, je crois qu'il va passer ici tout-à-l'heure avec les étourneaux que vous savez.
DONA LUCREZIA
Te prennent-ils toujours pour le comte de Belverana?
GUBETTA
Ils me croient espagnol depuis le talon jusqu'aux sourcils. Je suis un de leurs meilleurs amis. Je leur emprunte de l'argent.
DONA LUCREZIA
De l'argent ! et pourquoi faire ?
GUBETTA
Pardieu ! pour en avoir. D'ailleurs il n'y a rien qui soit plus espagnol que d'avoir l'air gueux et de tirer le diable par la queue.