‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 3 sur 145 · ACTE I , PARTIE I · texte numérisé non relu

ACTE I , PARTIE I

ger lun l'autre quand besoin serait , de n avoir pour ennemis, moi, que les tiens, toi, que les miens. Un astrologue nous a prédit que nous mourrions le même jour, et nous lui avons donné dix sequins d'or pour la prédiction. Nous ne sommes pas amis, nous sommes frères. Mais enfin, tu as le bonheur de f appeler simplement Gennaro , de ne tenir à personne, de ne traîner après toi aucune de ces fatalités , souvent héréditaires, qui s'attachent aux noms historiques. Tu es heureux ! Que t'importe ce qui se passe et ce qui s'est passé , pourvu qu'il y ait toujours des hommes pour la guerre et des femmes pour le plaisir ? Que te fait l'histoire des familles et des villes , à toi , enfant du drapeau , qui n'as ni ville ni famille ? Nous , vois-tu , Gennaro ? c'est différent. Nous avons droit de prendre intérêt aux catastrophes de notre temps. Nos pères et nos mères ont été mêlés à ces tragédies, et presque toutes nos familles saignent encore. — Disnous ce que tu sais, Jeppo.

GENNARO

{Il se Jette dans un fauteuil , dans l'attitude de quelqu'un qui va dormir. )

Vous me réveillerez quand Jeppo aura fini.

JEPPO.

Voici. — C'est en quatorze cent quatre-vingt...

GUBETTA , dan^ un coin du théâtre.

Quatre-v:!igt-dîx-sept.

20 lUCRÈCB BORGIA.

JEPPO.

C'est juste.* Quatre-vingt-dix-sept. Dans une certaine nuit d'un mercredi à un jeudi...

GUBETTA

Non. D'un mardi à im mercredi.

JEPPO.

Vous arez raison. — Cette nuit donc , un batelier du Tibre , qui s'était couché dans son bateau , le lonjT du bord, pour garder ses marchandises, vit quelque chose d'effrayant. C'était un peu au-dessous de l'église Santo-llieronimo. Il pouvait être cinq heures après minuit. Le batelier vit venir dans l'obscurité, par le chemin qui est à gauche de Téglise , deux hommes qui allaient à pied , de çà , de là , comme inquiets; après quoi il en parut deux autres j et en6n trois ; en tout sept. Un seul était A cheval. Il faisait nuit assez noire. Dans toutes les makoiii qui regardent le Tibre, il n'y avait plus qu'uneMuls fenêtre éclairée. Les sept hommes s'approchèrent du bord de l'eau. Celui qui était monté tourna la croupe de son cheval du coté du Tibre, et alors le batelier vit distinctement sur celte croupe des jambes qui pendaient d'un côté , une tête et des bras de l'autre , — le cadavre d'un homme. Pendant que leurs camarades guettaient les angles des mes , deux de ceux qui étaient à pied prirent le corps mort , le balancèrent deux ou trois fois avec force, et le lancèrent au milieu du Tibre. Au moment où le cadavre frappa l'eau, celui qui était à cheval fit uiip ryiestion à la-

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