ACTE n, PARTIE I
Celte pauvre Italie a assez de tyrans sans nous depuis le baron vicaire du pape jusqu'au pape vicaire de Dieu. Finissons-en , cher Alphonse. Mettez ce Gennaro en liberté. C'est un caprice, si vous voulezj mais c'est quelque chose de sacré et d'auguste que le caprice d'une femme , quand il sauve la tête d'un homme.
DON ALPHONSE
Je ne puis , chère Lucrèce.
DONA LUCREZIA
Vous ne pouvez? Mais enfin pourquoi ne pouvezvous pas m'accorder quelque chose d'aussi insignifiant que la vie de ce capitaine ?
DON ALPHONSE
Vous me demandez pourquoi , mon amour ?
DONA LUCERZIA.
Oui , pourquoi ?
DON ALPHONSE
Parce que ce capitaine est votre amant , madame !
DONA LUCREZIA
Ciel!
DON ALPHONSE
Parce que vous l'avez été chercher à Venise! Parce que vous Tiriez chercher en enfer ! Parce que je vous ai suivie pendant que vous le suiviez ! Parce que je vous ai vue , masquée et heletante , courir après lui
comme la louve après sa proie ! Parce que tout à l'heure encore vous le couviez d'un regard plein de pleurs et plein de flamtne ! Parce que vous vous êtes prostituée à lui , sans aucun doute , madame ! Parce que c'est assez de honte et d'infamie et dadultère comme cela ! Parce qu'il est temps que je venge mon honneur et que je fasse couler autour de mon lit un fossé de sang, entendez-vous , madame !
DON A J.UCREZIA.
Don Alphonse...
DON ALPHONSE
Taisez-vous. — Veillez sur vos amans désormais , Lucrèce ! La porte par laquelle on entre dans votre chambre de nuit, mettez-y tel huissier qu'il vous plaira j mais à la porte par où l'on sort , il y aura maintenant un portier de mon choix , — le bourreau l
DONA LUCREZIA
Monseigneur, je vous jure...
DON ALPHONSE
Ne jurez pas. Les sermens, cela est bon pour le peuple. Ne me donnez pas de ces mauvaises raisons-là.
DONA LUCREZIA
Si TOUS saviez...
Tenez , madame , je hais toute votre abominable famille de Borgia, et vous toute la première, que j ai