ACTI II, PARTIE II
motifs de mon départ subit. Tu vas juger si j'ai raison.
{Il prend Maffio à part et lui parle à l'oreille.) RcsTiGHELLO , SOUS le balcoîi , bas à don Alphonse.
Alf.uilinns-iious, monseigneur?
DON ALPHONSE, baS .
Voyonria fin de ceci.
MAFFio, éclatant de rire après le récit de Gennaro.
Veux-tu que je te dise, Gennaro? Tu es dupe. Il Il y a dans toute cette affaire ni. poison, ni contrepoison. Pure comédie. La Lucrèce est amoureuse éperdue de toi , et elle a voulu te faire accroire qu'elle te sauvait la vie , espérant te faire doucement glisser de la reconnaissance à l'amour. Le duc est un bonhomme, incapable d'empoisonner ou d'assassiner qui que ce soit. Tu as sauvé la vie à son père d'ailleurs , et il le sait. La duchesse veut que tu partes , c'est fort bien. Son amourette se déroulerait en effet plus commodément à Venise qu'à Ferrare. Le mari la gêne toujours un peu. Quant au souper de la princesse Negroni, il sera délicieux. Tu y viendras. Que diable ! il faut cependant raisonner un peu et ne rien s'exagérer. Tu sais que je suis prudent , moi , et de bon conseil. Parce qu'il y a eu deux ou trois soupers fameux où les Borgia ont empoisonné , avec de fort bon vin, quelques-uns de leurs meilleurs amis, ce n'est pas une raison pour ne plus souper du tout. Ce n'est pas une raison pour voir toujours du poison
120 LUCRÈCE BORGTA.
dans l'admirable vin de Syracuse , et derrière toutes les belles princesses de Fltalie Lucrèce Borgia. Spectres et balivernes que tout cela ! A ce compte il n'y aurait que les enfans à la mamelle qui seraient sûrs de ce qu'ils boivent, et qui pourraient souper sans inquiétude. Par Hercule , Gennaro ! sois enfant ou sois homme. Retourne te mettre en nourrice ou viens souper.
GENNARO
Au fait , cela a quelque chose d'étrange de se sauver ainsi la nuit. J'ai l'air d'un homme qui a peur. D'ailleurs, s'il y a du danger à rester, je ne dois pas y laisser Maffio tout seul. Il en sera ce qui pourra. C'est une chance comme une autre. C'est dit. Tu me présenteras à la princesse Negroni. Je vais avec toi.
MÀFFio, lui prenant la main.
Vrai-Dieu ! voilà un ami !
{Ils sortent. On les voit s'éloigner vers le fond lU: la place. Don Alphonse et Rustigliello sortent de leur cachette.)
RcsTiGUELLO , Vépée nue.
Ué bien , qu'attendez -vous , monseigneur ? Ils ne sont que deux. Chargez-vous de votre homme. Je me charge de l'autre.
DON ALPHONSE
Non , Rustighello. Ils vont souper chez la princesse
Negroni. Si je suis bien informé...