ACTE 1 , SCÈNE III
&IAROT.
Ah ! ah! le duc est fort plaisant.
M. DE PARDAILLAN
Le l>on conte !
M. DE PIENNE
Messieurs, j'en jure sur mon âme, Et je vous ferai voir la porte de la dame. Il y va tous les soirs, vêtu d'un manteau brun , L'air sombre et furieux , comme un poète à jeun. Je lui veux faire un tour. Rôdant , à la nuit close , Près de l'hôtel Cossé , j'ai découvert la chose. Gardez-moi le secret.
M A ROT
Quel sujet de rondeau !
Quoi ! Triboulet la nuit se change en Cupido !
M. DE PARDAILLAN, riant.
Une femme à messer Triboulet !
M. DE CORDES, riant.
Une selle Sur un cheval de bois !
MAROT, riant.
Je crois que la donzelle , Si quelqu autre Bedfort débarquait à Calais , Aurait tout ce qu'il faut pour chasser les Anglais !
( Tous rient. Survient M, de Vie. M. de Pienne nwt son doigt sur sa bouche. )
M. DE PIENNE
Chut!
M. DE PARDAiLLAN , à M. de Pieune.
D'où vient que le roi sort aussi vers la bruue Tous les jours , et tout seul, comme cherchant fortune?
M. DE PIENNE
Vie nous dira cela.
M. DE Vie.
Ce que je sais d'abord , C'est que sa majesté paraît s'amuser fort.
M. DE COSSE
Ah ! ne m'en parlez pas !
M. DE vie.
Mais , que je me soucie De quel côté le vent pousse sa fantaisie , Pourquoi le soir il sort , dans sa cape d'hiver , Méconnaissable en tout de vêtemens et d'air, Si de quelque fenêtre il se fait une porte , N'étant pas marié , mes amis , que m'importe !
M. DE COSSE, hocliant la tête.
Un TQx, — les vieux seigneurs, messieurs, savent cela, — Prefi3 toujours chez quelqu'un tout le plaisir qu'il a. Gare à quiconque a sœur , femme ou fille à séduire,? tJn puissant en gaîté ne peuLsonger qu'à nuire. Il est bien des sujets de craindre là-dedans. D'une bouche qui rit on voit toutes les dents.