SCÈNE PREMIÈRE
Au lever du rideau, sur le rempart, un peloton, commandé par THIBAUD, relève les sentinelles. — Des groupes d'hommes et de femmes circulent et regardent les soldats. — Auprès d'une table, UN BOURGEOIS GRAS et UN BOURGEOIS MAIGRE sont assis devant des gobelets.
LE BOURGEOIS GRAS
Oui, compère Truphème, aussi vrai qu'on me nomme Alleaume Percepied, que je suis un prud'homme Et le maître barbier juré de cet endroit, Je vous dis qu'on a moins de vivres qu'on ne croit, Et qu'on ne tiendra plus longtemps.
LE BOURGEOIS MAIGRE, d'un Un ro^ue
Gros tas dégraisse!
Si vous souffrez la faim, c'est sans qu'il y paraisse . Cette bedaine-là dément vos sots discours. Moi. depuis le blocus, j'engraisse tous les jours.
LE BOURGEOIS GRAS
J'en suis sûr. mon ami, nous n'avons plus de vivres Un chat, et tout petit, se vend jusqu'à deux livres, Et le marchand le fait passer pour un lapin. De plus, on a déjà rationné le pain.
Quel pain ! J'en voudrais bien connaître la formule! Et, pour le poids, on met dedans des fers de mule. J'en ai perdu trois dents.
LE BOURGEOIS MAIGRE, avec impatience. Percepied, mon ami.
Tout en ira-t-il mieux, quand vous aurez gémi? Nous avons Du Guesclin chez nous. Laissons-le faire.
A T'vibaud.
Ah! c'est vous, sénéchal! Tenez, videz ce verre De cervoise.
T H I B A U D, v'Jùn! le gobelet.
Je bois à vos santés.