scène
Les mêmes, ALAIN.
DU GUESCLIN, à Alain.
Approche-toi, filleul.
T'es-tu mis en état pour la bonne veillée?
Maître, je viens à vous Târne purifiée, Ayant fait devant tous ma coulpe à haute voix... Mon corps dans l'eau du bain s'est lavé par trois fois, Et je suis en état de grâce pour paraître Devant la sainte hostie offerte par le prêtre... Croyez-en cet habit de lin, blanc comme un lis, Symbole de mon cœur humble et pur.
DU GUESCLIN
C'est bien, fils.
Devant l'autel voici l'armure bien fourbie; Tu vas veiller près d'elle, et, l'épreuve subie, Tu pourras prononcer tes vœux de chevalier.
olivier, à Alain.
Un serment solennel va bientôt te lier. Frère, et quelque regret que mon cœur en éprouve, Je tiens à te servir de parrain, car je trouve Qu'il est bien pour le sang des Mauny qu'un garçon De ton âge ait agi d'une telle façon Qu'il soit fait chevalier par Du Guesclin lui-même!... Demain, la guerre va te donner son baptême. Tu n'as dû que braver la mort jusqu'à présent; Mais désormais, Alain, tu verseras le sang; Tu le verras, flot noir jailli des chairs coupées. Rougir les gantelets, les heaumes, les épées ; Et, parmi les blessés, sourd à leurs cris affreux, Impitoyablement tu pousseras sur eux — Grand pourvoyeur des loups et des oiseaux de proie Ton destrier massif, dont le sabot les broie. Ah ! c'est terrible, enfant!... Mais quoi ! tu l'as voulu
ALAIN . sè.hemcul.
Je prends ce grand parti d'un cœur très résolu, Et le Dieu des combats fortifira mon âme.