GI AN II III A
Filippo concourrait?
La p ci île \ipère Devant moi l'annonçait hier à votre père.
Mon père qui disait tantôt en plaisantant
Que, s'il avait le prix, je devrais bien pourtant Accepter le bossu pour mari!
BAH DRO.
Que disais-je?
G I A H H I N A . riant.
Que ma sainte patronne en ce cas nous protège!
SAN DRO.
Il vous croit libre"; il peut espérer.
Ce soupçon Ne peut pas me venir sur le pauvre garçon. Il veut la chaîne d'or et le titre de maître. Qu'il soit ambitieux, nous devons le permettre ; Mais il se connaît trop pour prétendre à ma main.
SA N DRO.
Eh! n'importe, s'il sort vainqueur de l'examen. Tenez! je n'ai jamais tant souffert de ma vie^ J'éprouve un sentiment affreux.
SI A H Ml MA.
Lequel?
SA N DRO.
L'envie!
GI ANNIN A.
Envieux, vous, Sandro ! C'est impossible. Vous!
SAN DRO.
Oui, moi! car je connais son œuvre, et suis jaloux; Et bientôt ils vont tous, comme moi, la connaître. — Ah!.. C'était l'autre nuit. J'étais à ma fenêtre, Et je pensais à vous devant le ciel d'été. Dans le jardin, parmi la fraîche obscurité, Un rossignol chantait, et ses notes perlées Montaient éperdument aux voûtes étoilées. Tout à coup j'entendis dans l'ombre un autre chant Aussi divin, aussi sublime, aussi touchant Que celui de l'oiseau. Je me penche et regarde, Et je vois le bossu tout seul dans sa mansarde. Assis à son pupitre et l'archet à la main. Son violon, avec un accent presque humain, Exprimant un amour où la douleur se mêle, Égalait en douceur la voix de Philomèle. Le plaintif instrument, l'oiseau sentimental, Alternaient dans la nuit leurs trilles de cristal. Et moi-même, écoutant l'harmonieuse lutte,
Je ne distinguais plus, nu bout d'une minute, Lequel de ces deux chants, prenant ainsi leur vol, Venait du violon ou bien du rossignol.