CI AN NI NA
Quoi! le fameux vernis des vieux maîtres?...
filippo, s' animant.
Je l'ai.
Et je veux dès demain, en généreux émule, a tous mes concurrents en donner la formule. Allez! j'ai comparé mon œuvre d'apprenti Avec un violon de l'illustre Amati; C'était le même son. Cela tient du prodige! Juste le même son, oui, le même, vous dis-je! J'en suis sûr, et, pareil aux maîtres d'autrefois,
Je fais jaillir de ces quatre planches de bois Une note profonde, immense, magistrale Et sonore à remplir toute une cathédrale.
GIANNINA, à part.
Hélas! pauvre Sandro!
ÏILIPPO.
Depuis ce jour heureux, Je cache mon bonheur ainsi qu'un amoureux. Que j'aie ou non le prix, puisque mon œuvre est faite Que m'importe à présent? ma vie est une fête. Je jouis, en avare et seul, de mon trésor. Tous les matins, avant qu'il fasse jour encor, Je traverse Crémone endormie et je gagne Un endroit que je sais, là-bas, dans la campagne. Avec mon violon caché sous mon manteau. Là, je m'assieds, tout seul, au versant d'un coteau Dans le gazon trempé de rosée, et je rêve Jusqu'à l'heure sublime où le soleil se lève. Enfin, quand l'horizon s'emplit de diamants. Lorsque s'annonce, avec de longs frémissements, Autour de moi le grand réw il de la nature, Lorsque l'herbe frissonne et due le bois murmure
Et que des buissons verts par la nuit rajeunis S'échappe le concert éblouissant des nids, Je prends mon violon, joyeux, et j'improvise! Ah! voyez-vous, c'est là la récompense exquise! Et j'accompagne alors d'un archet triomphant Tous ces bruits glorieux dans le soleil levant, Ces longs soupirs du vent à travers la feuillée Et ces gazouillements de volière éveillée. Je joue avec ivresse, et l'instrument vainqueur Que je sens tressaillir là, tout près de mon cœur, Mêle à ces chants d'aurore où mon âme se noie Un hymne merveilleux de jeunesse et de joie !
GIANHIHA, à part.
Pauvre, pauvre Sandro !
Haut.
C'est si beau que cela?
F I L I p p O, mettant son violon à l'épaule. Ecoutez seulement comme il donne le la.