ACTE T, SCENE I
De la trêve. Chacun, débouclant sa cuirasse,
S'en va vite revoir sa femme qu'il embrasse
Et son petit enfant qu'il retrouve grandi ;
Mais le rude Breton craint trop d'être engourdi
Par les molles douceurs du lit et de la table;
Et, s'il entend parler d'un gibier redoutable,
— Que ce soit un routier anglais on bien un loup, —
Du Guesclin, excité par l'espoir d'un beau coup,
Va l'attaquer, le tue, et rapporte la tête
Ou le butin sanglant de l'homme ou de la bête.
CLOTILD E.
Vous aimez du Guesclin ?
OLIVIER
Certes, il m'est bien cher, Et nous sommes unis comme l'âme et la chair, Tous deux, par des liens qui ne sont pas fragiles; Car en joignant nos mains sur les saints Evangiles, Nous nous sommes juré, pour nous et pour nos hoirs Par sang et par fiance, et par tous nos pouvoirs, Contre tous, en tous cas de péril ou d'esclandre, De toujours nous aider, conforter et défendre, Sauf contre l'ancien droit, qui n'est jamais caduc, Des suzerains : le roi de France et le bon duc
De Bretagne, pour qui sire Bertrand commande La tour de Pontorson sur la côte normande. Que celui qui rompra le pacte soit honni !
CLOTILDE
J'ai donc bien fait, cousin, de venir à Maunv, Car je puis, dans un temps troublé comme le nôtre, Avoir un jour besoin de son bras et du vôtre.
OLIVIER
Vous menacerait-on ?
CLCTI LDE.
Peut-être. Mon mari...
OLIVIER
Le bâtard de Mareuil !
CLOTILDE
Oui. le vil favori De Charles le Mauvais est toujours en intrigue.
II voyage, ourdissant on ne sait quelle ligue Entre le Navarrois ei les gens d'outre-mer, Dont il dépend, étant bailli de Saint-Omer
Et viguier de Saint-Jean-de-Lu/ en pays basque.
OLI VI !. R
Une ligue ! Tant mieux ! Qu'ils Jettent donc le masque
Cette trêve menteuse a duré trop longtemps : Qu'ils la rompent ! Pardicu ! nous serons tous contents Oui, mais Charles, ce roi de France au cœur de lièvre. Sera-t-il enfin pris de quelque noble fièvre? J'en doute, car depuis déjà huit ans entiers Il porto le front haut sa honte de Poitiers.