‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 112 sur 160 · LA COMÉDIENNE · texte numérisé non relu

LA COMÉDIENNE

0 cœurs toujours ouverts, dont la pitié si tendre Va chercher le malheur pour mieux s'en souvenir, Écoutez-moi : c'est lui que vous allez entendre. Je suis la voix de ceux qui veulent vous bénir.

Eux à qui le Seigneur donna pour seules armes L'humble foi du croyant qui le prie à genoux, Pour vous remercier ils n'avaient que leurs larmes; Us m'ont dit en pleurant : Vous parlerez pour nous.

Aussi je viens vous dire au nom des pauvres mères Dont le calme sourire, aujourd'hui triomphant, Hier dissimulait des angoisses amèrcs :

Merci, car c'est à vous que je dois mon enfant!

Je viens vous dire au nom de toutes les familles Pour lesquelles demain, grâce à vous, sera beau : Merci pour les enfants et pour les jeunes filles, Merci pour les vieillards courbés vers le tombeau!

Je viens vous dire au nom de celui qui déploie Au-dessus de nos fronts le ciel immense et bleu : En plaisirs, en bonheur, en délires de joie On vous rendra cet or que vous prêtez à Dieu!

Car le pauvre, c'est lui. Sublime poésie Que lui-même enseigna pour guide à la vertu! Celui qui donne au pauvre un pain, le rassasie, Celui qui donne au pauvre un manteau, l'a vêtu!

Mais ce pauvre, la chair de sa chair, et qu'il aime Avant tous, l'indigent que le Christ appela A s'asseoir dans le ciel à côté de lui-même, N'aura besoin de rien tant que vous êtes là !

C'est l'hiver. Tout gémit dans la pauvre demeure. Auprès de son vieux chien qu'il vient de rudoyer. Le père tout pensif se tait, et d'heure en heure Le pain manque à la huche et le bois au foyer!

Les petits, secouant leur chevelure blonde, Disent : Qui soutiendra nos pas, faibles roseaux, Si vous nous oubliez, mon Dieu, maître du monde Qui donnez leur pâture aux petits des oiseaux?

La mère, elle, tressaille en faisant la toilette De sa fille, et jetant, de larmes arrosé, Un œil de désespoir sur l'enfant qu'elle allaite. Le berce avec terreur sur son sein épuisé.

Mais vous venez, ainsi qu'une aurore vermeille, Des rayons de vos yeux dorer ces pauvres murs, Et, comme un serviteur qui vide sa corbeille, Vous faites de vos mains tomber les épis mûrs !

Consolant tout ce monde avec mélancolie, Vous leur dites avec un sourire divin : Celui qui songe à tous jamais ne vous oublie; Mangez, voici du pain; buvez, voici du vin.

Et tous ces malheureux, retrouvant l'espérance Rien qu'à vous voir ainsi, pensent avec raison Que, venus de là-haut pour calmer leur souffrance, Des Anges de lumière entrent dans leur maison!

Car, lorsque pour six mois a fui la saison douce Où le contentement tombe du ciel vermeil, On dit : Que reste-t-il à ceux que tout repousse Et qui n'ont plus pour eux l'air pur et le soleil?

A ceux-là qui le soir souffrent un long martyre En voyant s'allumer les vitres des palais? Au marin dont la mer a brisé le navire? Au pêcheur dont la vague a troué les filets?

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