ILS NOUS VOIENT
Les cieux semblent déjà vivants et rajeunis. Je sens venir, du fond de l'ombre enchanteresse. Le souffle d'une brise amie et charmeresse, Dans le triste silence où nos cœurs sont unis.
Pareils à des oiseaux frissonnants dans leurs nids, En nous des souvenirs de joie et de tendresse Pleurent; le vent d'une aile errante nous caresse, Ma mère, et ce n'est pas moi seul qui te bénis !
Car du séjour divin caché sous tant de voiles, Sitôt que sur nos fronts s'allument les étoiles, Ceux qui sont dans les cieux nous regardent pleurer.
Ils nous voient dans l'attente et dans la solitude, Et leurs lointaines voix tentent de murmurer, Comme pour mettre un terme à notre inquiétude.
16 février 18ê9.
ZELIE ENFANT
Si j'étais le savant ouvrier dont la main
Crée à nouveau notre àme et le sourire humain
Sur sa toile vivante et de rayons fleurie,
Je peindrais pour nous deux, ô ma mère chérie,
Le portrait de ma sœur enfant, et j'y mettrais
Sa grâce, et la beauté divine de ses traits.
Si charmants et si purs qu'une clarté sur elle
Flottait et dans ses yeux semblait surnaturelle.
Car je la vois, si douce et le regard si prompt! Elle avait la pensée écrite sur son front. Et tu disais : Voilà mon rêve et ma folie ! C'est elle, mon enfant! ma petite Zélie! Butinant au hasard dans l'herbe et dans le thym, Elle était rayonnante à l'aube du matin;
Elle courait, dans l'herbe épaisse, vers les saules Du ruisseau, les cheveux flottants sur ses épaules, Grave, heureuse, portant des fleurs et les bras nus, Levant sans embarras ses grands yeux ingénus, Distraite, et cependant regardant quelque chose, Et sa bouche avait l'air d'une petite rose.
18 novembre 1869.