‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 2 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

A MA MERE

MADAME Elisabeth Zélie de Banville

0 ma mère, ce sont nos mères Dont les sourires triomphants Bercent nos premières chimères Dans nos premiers berceaux d'enfants.

Donc reçois, comme une promesse Ce livre où coulent de mes vers Tous les espoirs de ma jeunesse, Comme l'eau des lys entr'ouverts!

Reçois ce livre, qui peut-être Sera muet pour l'avenir, Mais où tu vervas apparaître Le vague et lointain souvenir

De mon enfance dépensée Dans un rêve triste ou moqueur, Fou, car il contient ma pensée.

Chaste, car il contient mon cœur,

Juillet 1842.

C'est un palais du dieu, tout rempli de sa gloire.

Cariatides sœurs, des figures d'ivoire

Portent le monument qui monte à l'éther bleu,

Fier comme le témoin d'une immortelle histoire.

Quoique l'archer Soleil avec ses traits de feu Morde leurs seins polis et vise à leurs prunelles, Elles ne baissent pas les regards pour si peu.

Même le lourd amas des pierres solennelles Sous lesquelles Atlas plierait comme un roseau, Ne courbera jamais leurs têtes fraternelles.

Car elles savent bien que le mâle ciseau

Qui fouilla sur leurs fronts l'architrave et les frises

N'en chassera jamais le zéphyre et l'oiseau.

Hirondelles du ciel, sans peur d'être surprises

Vous pouvez faire un nid dans notre acanthe en fleur

Vous n'y casserez pas votre aile, tièdcs brises.

0 filles de Paros, le sage ciseleur

Qui sur ces médaillons a mis les traits d'Hélène

Fuit le guerrier sanglant et le lâche oiseleur.

Bravez même l'orage avec son âpre haleine Sans craindre le fardeau qui pèse à votre front, Car vous ne portez pas l'injustice et la haine.

Sous vos portiques fiers, dont jamais nul affront

Ne fera tressaillir les radieuses lignes,

Les héros et les Dieux de l'amour passeront.

Les voyez-vous, les uns avec des folles vignes Dans les cheveax, ceux-là tenant contre leur sein La lyre qui s'accorde au chant des hommes-cygnes

Voici l'aïeul Orphée, attirant un essaim D'abeilles, Lyœus qui nous donna l'ivresse, Éros le bienfaiteur et le pâle assassin.

Et derrière Aphrodite, ange à la blonde tresse. Voici les grands vaincus dont les cœurs sont brisés. Tous les bannis dont l'àme est pleine de tendresse;

Tous ceux qui sans repos se tordent embrasés

Par la cruelle soif de l'amante idéale,

Lt qui s'en vont au ciel, meurtris par les baisers.

Depuis Phryné, pareille à l'aube orientale, Depuis cette lionne en quête d'un chasseur Qui but sa perle au fond de la coupe fatale.

Jusqu'à toi, Prométhée, auguste ravisseur!

Jusqu'à (ion Juan qui cherche un lys dans les tempêtes !

Jusiiu'à toi, jusifu'à toi, grande Sai)i)ho, ma sœur!

J'ai voulu, pour le jour des éternelles fêtes

Réparer, fils pieux de leur gloire jaloux,

Le myrte et les lauriers qui couronnent leurs têtes.

J'ai lavé de mes mains leurs pieds poudreux. Et vous, Plus belles que le chœur des jeunes Atlantides, Alors qu'ils vous verront d'un œil terrible et doux,

Saluez ces martyrs, ô mes Cariatides !

Juillet 1842.

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